Un virage numérique en musique?

Il y a plus de 2 ans, la ministre de la culture, des communications et de la condition féminine, Mme Christine St-Pierre, demandait à l’industrie culturelle du Québec de se mobiliser pour plancher sur des recommandations à suivre afin d’entamer (finalement!) un virage numérique pour la culture québécoise.

À titre informatif, la dernière politique culturelle québécoise date de 1992… Le Web, le World Wide Web, s’est démocratisé auprès de monsieur-madame-tout-le-monde au monde en 1991. Ça vous donne une idée!

Depuis la demande de la ministre, plus de 600 personnes issues de différents milieux culturels ont été interpellées (danse, théâtre, arts visuels, beaux arts, arts numériques, cinéma, musique, télévision, etc…). Ces 600 personnes ont participé à une multitude de comités d’orientation et de forums pour finalement pondre 2 rapports. Celui chapeauté par le CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec) propose 37 recommandations axées sur le contenu et la création; celui de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) suggère 20 recommandations plus axées sur la refonte de la structure industrielle et la mise en marché de la culture.

Comme ça sent les élections à plein nez (certains analystes parlent d’aller aux urnes le 17 septembre prochain), un groupe de réflexion nommé musiQCnumeriQC dont je fais partie a pris l’initiative d’analyser les 57 recommandations et de développer des pistes de solutions en 6 thématiques simples. De peur que le travail de plus de 600 personnes ne tombe dans une grosse craque électorale, musiQCnumeriQC souhaite aujourd’hui que le fruit du travail (bénévole!) de ces centaines d’acteurs de la culture devienne un enjeu électoral, rien de moins.

Vous êtes donc invités à lire et signer le document «Le virage numérique au Québec (Secteur musique) : Recommandations en 6 thématiques» qui a été présenté par musiQCnumeriQC à la ministre en juin dernier.

Notez que cet angle d’analyse est orienté sur les enjeux de la «musique enregistrée». musiQCnumeriQC invite le milieu du spectacle à faire le même travail de synthèse des rapports du CALQ et de la SODEC, en fonction de son secteur d’activité.

Pour ajouter votre nom au rang des signataires, c’est par ici :

http://virage.musiQCnumeriQC.ca

Bonne lecture! Bonne signature.

About Guillaume Déziel

Acteur dans l'industrie québécoise de la musique et fervent défenseur de la musique gratuite comme moteur économique d'une nouvelle industrie mondiale.

2 responses to “Un virage numérique en musique?”

  1. Jacques Laurin says :

    Tout en étant conscient de la multiplication des possibilités et favorable à l’encarement de l’ère numérique dans laquelle nous sommes, je suis excessivement perplexe face à plusieurs aspects de ce « virage » de l’évaluation qualitative de l’activité artistique et culturelle proposé. Sans entrer dans le détail, permettez-moi d’exprimer ma vision de l’ensemble.

    La prospérité d’après-guerre, suivie de la révolution tranquille avait ouvert toutes grandes les portes de l’éducation supérieure à de plus nombreux individus que jamais, produisant une nouvelle population apte à apprécier la maîtrise et l’excellence de la pratique intellectuelle, culturelle, politique et économique.

    Au niveau artistique qui nous occupe ici cependant, depuis les années ‘80, l’arrivée de plus en plus massive de capacités de production numériques, à la portée de toutes les bourses, nous a graduellement fait glisser de l’univers de l’art vers celui de l’art de se vendre. Cette nouvelle ère numérique, permettant une grande accessibilité aux moyens de production de base bon marché, explique de plus ce qui semble être aujourd’hui l’irrésistible tendance vers le Lo-fi en audio (par opposition au Hi-fi) et le succès du standard mp3 en bout de ligne.

    À travers cette accessibilité, s’est développée une esthétique et une culture de la distorsion non intentionnelle, où la pureté sonore, qui n’est encore disponible qu’en y mettant les connaissances et le prix, est devenue louche et, à la limite, ringarde, face à la liberté de tout un chacun de pouvoir maintenant « produire une œuvre » à partir de ses maigres connaissances, de ses pauvres équipements, et d’obtenir en prime la reconnaissance béate et ignare de nos critiques patentés. Plus la qualité descend, plus apparait à tous la possibilité et la capacité de faire de même. À la longue, cela crée une dictature de l’amateurisme qui ne peut par définition que mépriser toute forme de maîtrise.

    Cette nouvelle tendance est maintenant si bien implantée, que les critères de financement de la production musicale des divers paliers de gouvernement sont graduellement en train de glisser et d’être ajustés de telle façon qu’il ne soit par exemple plus requis aux nouveaux « artistes » d’être accompagnés d’un producteur ou d’un réalisateur d’expérience reconnue, ni d’utiliser des facilités de production de niveau professionnel. Vos propositions visent à réduire encore plus les critères d’admissibilité aux subventions de telle sorte que le nombre de clicks sur la page soient le critère ultime de valeur et de reconnaissance.

    Outre ce nouveau né, le seul critère qui ait vraiment pris de la valeur, est celui de la « qualité » du plan d’affaire et du fameux plan de marketing. Je peux en parler en connaissance de cause puisque j’ai été membre d’un certain jury, il y a quelques années. Les membres qui le composait portaient une attention maladive au « plan d’affaire » et au « plan de marketing », mais étrangement, la plupart de ceux-ci n’avaient jamais étudié la gestion ou le marketing, pas plus que la musique d’ailleurs, et l’écoute de seulement quelques secondes de chacune des pièces semblait leur suffire pour en jauger la valeur, ce qui constitue en soi tout un exploit, particulièrement en ce qui concerne le jazz, la musique classique et contemporaine.

    Éberlué, je me suis plain de cette situation, mais n’ai obtenu comme unique réponse que de ne plus être réinvité. J’ai tout de même eu droit, à la fin de cette journée de délibérations (comprendre rubber stamping), à la même enveloppe blanche que les autres, contenant un beau 200 piastres cash !

    Il semblerait donc que ces jurys soient maintenant majoritairement composés d’artistes autoproclamés, affranchis de toute discipline sauf celle de l’autopromotion, ainsi que d’autodidactes du « show business », ceux-là même qui nous préparent notre moulée culturelle quotidienne.

    Heureusement qu’il existe encore des exceptions.

    Il y a cependant un prix certain à payer pour ce nivellement vers le bas. Il n’y a qu’à regarder les « sparages » et les contorsions « idio-visuelles » auxquelles doit maintenant se livrer l’Orchestre Symphonique de Montréal, pour ne donner qu’un exemple, pour comprendre qu’il y a péril en la demeure.

    Je me dois donc de constater, après bien d’autres, que ceux qui semblent n’avoir retenu de leurs études que leurs cours d’arithmétique du primaire ont maintenant pris le pouvoir et tentent de nous imposer leur vision restreinte et immature des choses.

    Alors pourquoi étudier longuement si les leçons de l’éducation primaire, être « web smart », suffisent à vous tailler une place dans la vie ? Il faut vraiment être passionné de maîtrise et de connaissance pour vouloir se perfectionner, ce qui n’est vraiment pas nécessaire à la prospérité d’un monde de pacotilles libre-échangiste, au contraire.

    Plusieurs points de ce « virage numérique » proposé escamotent donc encore plus avant la maîtrise de l’art au profit de la maîtrise du moyen de distribution. Il aura pour effet de consacrer l’amateurisme du créateur, au profit de sa débrouillardise numérique.

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