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30 millions $ pour un service médiocre…

13 septembre 2011 9 commentaires

Récemment, on pouvait lire dans le magazine Le Mensuel de l’ADISQ un article indiquant que le Ministre de la Justice Jean-Marc Fournier avait déposé un projet de loi pour interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. À mon avis, ce n’est pas que la revente de billets qui est un problème pour l’économie du spectacle québécois. Le problème est bien plus complexe que ça. Je m’explique.

Je peux comprendre que l’ADISQ fasse présentement des pressions auprès du Ministre Fournier afin d’interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. Ça m’horripile de savoir que d’autres peuvent faire de l’argent sur le dos des consommateurs et des créateurs / producteurs. Mais ce qui m’horripile le plus, c’est de savoir que les billetteries officielles font d’ É N O R M E S profits sur le dos de notre culture, de nos spectacles et ce, au détriment des artistes, des producteurs et des consommateurs. Personnellement, je trouve ODIEUX que des jeunes de 18 à 34 ans aient à payer leur billet 4,80$ de plus (+15,48%), surtout lorsque les billetteries prennent cette argent et offrent un service médiocre en retour. J’en parle en profondeur dans cet article : Légifération de la revente de billets : un plaster sur le bobo?

Est-ce normal que les quasi-monopolistiques billetteries du Québec aient droit à 15% des 202 M $ de recettes de nos spectacles en 2010 (seulement dans les secteur de la musique, de la chanson et des variétés – voir source)? Je sors ma calculette et je remarque que ça fait plus de 30 millions de dollars de moins dans le poches des spectateurs-artistes-producteurs. Intense… Et après, on s’attaque aux revendeurs. Selon un communiqué envoyé par 2 revendeurs québécois la semaine dernière, ces derniers n’auraient pas fait plus de 900 000$ en chiffre d’affaires lié à la revente de billet de spectacles québécois en musique, en chanson et en variétés. Malgré ce faible revenu (moins de 1% de notre chiffre d’affaires spectacle au Québec) et contrairement aux billetteries officielles, certains revendeurs offrent la possibilité de rembourser leurs acheteurs qui en font la demande, dans un délais raisonnable.

Comprenons-nous bien : je n’essaye pas ici de défendre les cyber-scalpers… Je prétends qu’il y a plus qu’une simple réflexion sur la revente des billets; on doit se pencher sur l’ensemble de la vente de billets au Québec, toutes formes confondues. L’ADISQ doit s’attaquer à un problème beaucoup plus grand que celui du scalping.

Si l’ADISQ exhorte aujourd’hui le Ministre de la Justice à agir pour empêcher les cyber-scalpers de faire leur travail, je souhaite ici que la Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Mme Christine St-Pierre, encadre le secteur de la vente de billets au Québec afin de rendre nos billetteries moins gourmandes, plus efficaces, moins exclusives aux salles et plus transparentes avec l’information récoltée sur les acheteurs.

Utopie? Pas plus que de rédiger une loi pour pallier à l’incompétence de nos billetteries officielles.

Légifération de la revente de billets : un plaster sur le bobo?

Récemment, on pouvait lire dans le magazine Le Mensuel de l’ADISQ un article indiquant que le Ministre de la Justice Jean-Marc Fournier a déposé un projet de loi pour interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. Bien que cette démarche soit pleine de bonnes intentions, permettez-moi de la remettre en question.

«Comprenons-nous bien : je n’essaye pas ici de défendre les cyber-scalpers… Je prétends qu’une telle loi ne réglerait pas le problème de l’incompétence Web de nos billetteries officielles, serait inapplicable et n’aurait pour effet que d’envoyer les acheteurs sur des sites de revente de billets situés ailleurs sur la planète.»

En avril dernier, lors des récentes Rencontres de l’industrie organisées par l’ADISQ (dont je salue les remarquables efforts pour rendre l’événement plus «interactif»), nous avons pu assister à un panel intitulé Les «scalpers» de la Toile, animé par Valérie Lesage, journaliste pour Le Soleil, où siégeait Claude Larivée (Président de l’ADISQ et Président de La Compagnie Larivée Cabot Champagne), Lucie Rozon (Directrice générale et productrice exécutive, Les Productions Juste pour rire II) et Heidy Vaquerano (avocate chez LaPolt Law, P.C.).

Vraisemblablement, personne n’avait songé à inviter quelqu’un des cyber-scalpers de ce monde québécois. Comme si le débat n’avait pas à se faire en pleine connaissance de cause avec l’ensemble des acteurs concernés, en faisant le tour de la problématique. D’ailleurs, malgré cette omission, après plusieurs minutes de discussions «consensuelles» entre les différents panélistes, Éric Bussières (Président de Billets.ca) s’est invité au micro pour s’adresser à l’audience afin d’expliquer son travail; un travail nécessitant à tout prix de «sortir le premier sur Google et autres moteurs de recherche». À l’époque où le Web est plus présent que jamais, le référencement de l’information sur les concerts pour offrir des réponses aux questions des internautes est le nerf de la guerre. Peu importe le point de vue de Bussières ici, le «débat» était déjà clos; l’ADISQ avait déjà rédigé un communiqué qui a été envoyé aux médias dans les minutes suivantes.

Pendant ce temps, nos billetteries officielles en ligne traînent négligemment de la patte côté  SEO («Search Engine Optimisation» ou «Optimisation pour moteurs de recherche»). Afin de vous permettre de remarquer le genre de performances d’une de nos plus grandes billetteries traditionnelles, j’ai entré «billet u2 montreal» dans mon moteur de recherche préféré. Ceux qui font leur travail d’indexation des noms d’événements, d’artistes, de diffuseurs, des salles, etc… récoltent le fruit de leur travail; cela se traduit par une meilleure position dans les résultats de recherche. Ce n’est donc pas surprenant de voir les cyber-scalpers sortir en premier dans les résultats de recherche. Dormir au gaz sur le Web n’est pas payant à l’époque 2.0 de la musique. Que les gros joueurs se le tiennent pour dit; en tout cas, les petits l’ont compris.

Pour en revenir à ce panel sur les Scalpers de la toile, j’avais beau me concentrer très très fort pour compatir avec les panélistes qui se plaignaient des méchants scalpers devant moi, je percevais néanmoins une toute autre facette à leur problématique : devant moi se trouvaient de gens victimes de leur propre incompétence, de leur négligence et de leur inaction sur le Web, pendant de trop longues années.

Billetteries : Arrêtez de dormir au gaz!

Je ne suis pas un wizkid du SEO, mais j’ai cherché «SEO Google 101» sur Google et je suis vite tombé sur cette page et y ai téléchargé ce document. Des conseils aussi simples que ajouter des mots-clefs pertinents dans le lien (l’url) ou créer une page avec un lien permanent affichant du contenu pertinent pour pour chaque événement y sont indiqués. Or, on revient à mon exemple de recherche «billet u2 montreal» dans Google offre les résultats suivants :

Si on clique sur le quatrième résultat qui concerne le vendeur officiel (evenko.ca), le lien nous mène d’abord vers http://www.evenko.ca/fr/buytickets/event/4480/fr, qui lui, redirige le trafic vers http://www.evenko.ca/html/tickets/u2/index.html, où il faut cliquer sur le bouton «Billets» pour accéder à une page qui porte l’adresse https://wroom.centrebell.ca/eventShopper.html?lang=fr&preFill=1&wr=96d1a1e7-30b4-4bae-83f3-e6dfad36a3d2 qui elle, vous dit de commencer en appuyant sur le bouton «OK». Bref, si on se fie au petit cours de SEO 101 cité plus haut, la majeure partie des pages offertes dans ce méandre tergiversant ne comportaient ni de «U2» dans le titre de la page, ni de mention du mot-clé «U2» dans l’url. En revanche, ce qui sort en premier dans les résultats de recherche, c’est : http://www.billets.ca/concerts/u2/. Le nom du groupe recherché est imbriqué à même l’url (l’adresse de la page), ce qui est une des premières choses à ne pas négliger pour optimiser un résultat possible dans une recherche.

Pire encore… Prenons un exemple particulièrement éloquent. Au moment où j’ai débuté l’écriture de cet article (le 10 juillet 2011), une supplémentaire du spectacle de Misteur Valaire venait d’être ajoutée à un système de billetterie exclusif au Métropolis de Montréal. En plus, à ce moment, le groupe n’était toujours pas sorti en communication à ce sujet; le tout devait être annoncé dans les heures à venir. Or, en cherchant «billet misteur valaire» dans les moteurs de recherche, j’ai trouvé ceci comme résultats :

Remarquez que le premier résultat de recherche (billets.ca/concerts/misteur-valaire/) nous mène tout droit vers une page qui présente l’ensemble des dates à venir de l’artiste, dont celle du Métropolis du 10 décembre prochain (que j’ai d’ailleurs eu peine à trouver sur le site du vendeur officiel aujourd’hui…). Pour arriver à sortir les premiers, les cyber-scalpers doivent inévitablement payer du staff qui sonde sans cesse l’actualité des artistes et les nouveaux événements créés chez les billetteries officielles. Sans compter qu’ils ont aussi fait leur travail de SEO en «sqwattant» la notoriété de Bran Van 3000, La Patère Rose et autres mots-clefs qui résonnent dans la tête des gens.

Ironiquement, Lucie Rozon (Juste pour rire) affirmait durant le panel mettre plusieurs centaines de milliers de dollars (800 000$, si ma mémoire est bonne) sur la promotion d’un de ses plus gros humoristes. Or, si seulement 1% de son budget promo avait été investi sur le SEO de son artiste, Billets.ca et 514-Billets.com se seraient retrouvés vite fait aux oubliettes, voire relégués en 2ième page des résultats de recherches…

Ventes mondiales de musique enregistrée toujours en baisse…

Selon le rapport intitulé «Recording Industry In Numbers 2011» de la Fédération internationale de l’industrie du disque (IFPI), les ventes mondiales de musique enregistrée ont chuté de 8,4 % durant la dernière année, totalisant 15,9 milliards USD en 2010. Toujours selon l’IFPI, le marché de la vente de la musique enregistrée représentait annuellement 36,9 milliards USD en 2000. Ce marché à précisément perdu 56,9% de sa valeur en 10 ans.Worldwide Recorded Music sales drop, Free falling from 2000 to 2010

La force d’un virus musical…

Voici une animation qui démontre la propagation virale de la musique de Misteur Valaire depuis septembre 2007, moment où le groupe a opté pour la gratuité de la musique comme propulseur qui leur a permis de joindre plus de 60 000 téléchargeurs situés dans plus de 58 pays différents.


Réalisation et montage : Véronique Tessier

Le contrat 0-6-3 (ou le 360º inversé)

english

Ce modèle a été développé conjointement par Guillaume Déziel, Mathieu-Gilles Lanciault et Virginie Berger aux fins de participer à Rethink Music.

Le 0-6-3 Deal (ou le Deal 360º inversé) Tout le monde connaît le contrat 360º; ce contrat apparu il y a quelque années visant à permettre aux maisons de disques d’exploiter toutes les sphères de l’artiste afin de générer plus de revenus. En fait, la vraie raison de l’apparition d’un tel contrat était de pallier aux pertes liées à la chute de 58,4% des ventes de disques depuis l’an 2000. Telle une banque, la compagnie de disque «Major» qui signe un artiste en contrat 360º prend en garantie tous les droits de l’artiste, les exploite, génère des revenus et le partage avec l’artiste (au-delà du remboursement des dépenses de production et de mise en marché).

Et si le contrat 360º était renversé au profit de l’artiste?

Voilà que la technologie permet à l’artiste d’enregistrer son album, de le distribuer partout dans le monde, de le faire valoir, etc… Il reste que l’artiste a besoin d’aide afin de pouvoir faire tout cela, tout en continuant à créer et interpréter son art. Le type d’aide nécessite une ouverture face aux réseaux sociaux, une compréhension du Web, de l’interactivité entre les humains… Une compréhension du droit d’auteur et du commerce. Bonne nouvelle; toutes ces belles ressources se retrouvent partout autour de l’artiste. Colocataires, amis étudiants en droit, en marketing, fans passionnés de premier ordre toujours présents. Même si ces ressources naturelles qui vous entourent ne sont pas toujours expérimentées, il reste qu’elles ont l’avantage – en cette époque industrielle transitoire – de ne pas être «formatées», d’être libre de réinventer à tous les jours les vieilles manières de faire les choses… Et c’est souvent «la passion pour la musique de l’artiste» qui est la première des qualités à avoir pour faire avancer réellement une carrière.

L’image artistique (Band Brand) est une valeur perceptive qui se monnaye. L’utilisation de la gratuité de la musique comme produit d’appel est à ce jour la manière la plus efficace et la moins coûteuse pour d’abord connecter un artiste à ses fans, ensuite entretenir une conversation avec eux et leur donner envie de consommer les produits dérivés de son image, de sa musique (spectacles, accès, privilèges vêtements, accessoires, droits d’exploitation dans une pub, dans un film, etc.)

Si tous les membres d’un équipe entourant un artiste contribuent, au même titre que lui-même, à ajouter de la valeur à son art, tous ont aussi logiquement droit à leur juste part des revenus globaux. Chaque maillon de la chaîne création-production-commercialisation donne de la valeur au «Branding de l’artiste» et devrait d’en tirer profit. Le partage des revenus liés à l’artiste doit donc être équitable, préalablement convenu et clairement identifié dans une charte.

Artistes : voici le contrat 063

Telle une société par actions, le type de structure 360º inversé (ou affectueusement nommé le «zéro-six-trois») permet à d’autres qui croient suffisamment en vous, l’artiste, d’investir sur votre talent. Donnez-leur des parts sur le fruit de l’exploitation de votre «Branding d’artiste» au prorata de leur implication, que ce soit par l’entremise d’un investissement en capital ou en ressources humaines. Conservez votre pouvoir décisionnel sur l’artistique. Conservez vos droits et la propriété de vos bandes maîtresses; mais partagez-en les profits d’exploitation. Entourez-vous de professionnels de soutien; formez un conseil d’administration; conservez cependant toujours un droit de veto sur les décisions d’ordre artistique. Émettez des actions votantes et non votantes, pour mieux baliser le pouvoir décisionnel.

Un succès en attire un autre

Lorsque vous aurez trouvé la voie du succès en tant qu’artiste, vous aurez l’occasion de partager votre notoriété, votre bagage de connaissances et votre argent en investissant sur un artiste en lequel vous croyez. Vous aurez envie à la fois d’encourager l’artiste émergeant qui vous passionne et de l’entourer (sur mesure) des meilleurs professionnels pour le mener à bon port. Après avoir été créateur en début de carrière, vous et votre entreprise deviendrez une banque d’investissement à votre tour.

L’industrie devra s’ajuster

Les subventionneurs qui, d’ordinaires, stimulent économiquement les artistes à créer et les producteurs à produire, pourront aussi mettre des fonds à disposition de divers professionnels qui entourent l’artiste. Ainsi, vous pourriez voir une relationniste de presse ou un tourneur faire une demande de subvention pour se permettre d’investir du temps sur votre carrière et, du même coup, acquérir quelques actions de votre carrière. Plutôt que de financer uniquement l’initiative de création et de production, l’initiative de commercialisation serait aussi encouragée, au grand bonheur de l’artiste et son équipe. Chaque personne pourra donc contribuer à votre carrière en investissant son investissement son temps ou son argent. De cette manière, seules les personnes réellement passionnées par votre carrière tireront profit de votre développement.

Le meilleur du 360º, sans les inconvénients

Voilà un modèle qui porte tous les avantages d’un contrat 360º au profit de l’artiste et des gens qui travaillent conjointement et collectivement à son succès. Inutile de vous dire que le tablettage ne risque pas de vous arriver, dans une telle situation. Dans la mesure où vous travaillez avec une équipe d’exploitation qui vous respecte; dans la mesure où vous respectez vos fans et leurs habitudes de consommation, alors vous trouverez facilement la voie vers le succès et profit.

Le contrat 063 ou 360 inversé

Contrat Creative Commons

L’article Creative Commons 101 par Guillaume Déziel est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons «Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues au www.guillaumedeziel.com/contact/.


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La petite histoire de Misteur Valaire

On m’a récemment demandé à plusieurs reprises d’aller prononcer des conférences sur l’utilisation de la gratuité dans la mise en marché de la musique. Bien que ravi et flatté par ces invitations, j’ai néanmoins été forcé au cours des derniers mois à structurer ma pensée et à rédiger abondamment sur le sujet.

Comme j’ai le grand privilège de suivre en temps réel les résultats de la mise en marché de Misteur Valaire, j’ai décidé de vous partager cette information qui m’apparaît importante, voire utile à connaître, afin de naviguer au travers des changements que nous impose le monde numérique.

Voici donc un article qui survole la petite histoire de la mise en marché de Misteur Valaire.

Comme toujours, mon unique but en publiant autant de détails (d’ordinaire tenus confidentiels chez mes confrères et consœurs industriels), est de provoquer et d’encourager la conversation; le débat d’idées.

Vos commentaires sont donc non seulement bienvenus, mais attendus.

Au plaisir de vous lire!

Guillaume Déziel

Creative Commons 101

On a souvent entendu parler du Copyright, le droit pour les auteurs et compositeurs représenté par le symbole ©. Il signifie Tous droits réservés. On ne peut donc rien faire avec une œuvre protégée par le Copyright, à moins d’en obtenir la permission directement auprès de l’auteur et/ou du compositeur, auprès de son représentant (l’éditeur) ou des Sociétés de gestion collectives de droits auxquelles les auteurs et compositeurs confient leurs droits.

À l’inverse, il existe le Copyleft qui permet à tout le monde de copier, de diffuser, d’utiliser, de modifier et de distribuer son œuvre dans la mesure où ces possibilités restent préservées. En gros, l’auteur qui adopte le Copyleft indique aux autres créateurs de la planète de faire ce qu’ils veulent avec l’oeuvre (dans les limites de la moralité).

Comme la vie est nuancée, entre le noir et le blanc, il existe une multitude de teintes de gris. Entre ces positions extrêmes que représentent le Copyright et le Copyleft, on découvre plusieurs paramètres avec lesquels on peut jouer.

Afin de combler le besoin criant des créateurs désireux de communiquer aux internautes ce qui est possible (ou non) de faire avec leur oeuvre, «l’avocat le plus cool au monde»  nommé Lawrence Lessig a créé un outil simple : Creative Commons.

À l’image rassurante d’un simple formulaire questions-réponses, Creative Commons offre à n’importe quel créateur de la planète la possibilité de se transformer en avocat et de rédiger sa licence d’utilisation pour son oeuvre. Une fois le formulaire complété, l’outil Creative Commons génère une licence personnalisée en deux versions :

  • Une licence pour les enfants de 4 ans avec de jolis symboles;
  • Une licence détaillée pour monsieur le juge… au cas où.

De plus, l’outil génère un bouton menant vers votre licence que vous devez placer juste à côté de votre oeuvre, sur vote page web. Vous verrez le mien à la fin de cet article. C’est tout simple!

Creative Commons vous permet de créer des licences en choisissant une ou plusieurs conditions basées sur des paramètres comme la copie de votre oeuvre, sa modification (remix), son partage, sa diffusion, sa distribution, son exploitation, son attribution (citer l’auteur orignal). Différentes combinaisons sont possibles.

En terminant, j’ai une petite question pour vous : Est-ce que le fait d’utiliser 250 millisecondes (1/4 de seconde) d’une chanson de Led Zeppelin sur votre album «est une infraction au droit d’auteur ©?». La réponse est OUI… pour le moment, du moins. Qu’à cela ne tienne, Creative Commons offre la possibilité à tout créateur d’une oeuvre originale de permettre aux autres créateurs du monde entier d’échantillonner son oeuvre (sampling). Or, avec la Licence Sampling + de Creative Commons, vous pourriez par exemple permettre que le son de votre caisse claire sur votre plus récente chanson se retrouver sur l’album d’un autre créateur… si vous le désirez, bien sûr.

Voici un tableau qui présente quelques possibilités de licences Creative Commons (cliquez sur l’image pour voir moins flou) :

Voilà pour cette présentation Creative Commons 101!

Contrat Creative Commons
L’article Creative Commons 101 par Guillaume Déziel est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons «Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues au www.guillaumedeziel.com/contact/.


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Ventes d’albums au Québec en baisse de 6%

Selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, les ventes d’enregistrements audio (tous supports confondus) ont chuté de 6% en 2010.

Les ventes d’albums physiques ont chuté de près de 12% (9,283 millions à 8,179 millions d’exemplaires), tandis que les ventes de formats numériques auraient augmenté de 40%. Bien que les singles numériques affichent une augmentation spectaculaire de 277% en 2010 (497 000 en 2010 contre 132 000 en 2009), la part de marché du numérique au Québec représente moins de 10% des ventes.

Voici un tableau qui démontre l’évolution des ventes numériques au Québec de 2006 à 2010, ainsi que la régression des ventes physiques. En analysant l’évolution moyenne des 5 dernières années, j’ai extrapolé un scénario prévisionnel jusqu’en 2016 (dans la partie plus pale).

Chute libre en 2010 : l’infatigable attraction de la gratuité

Avion qui tombe

Source : National Geographic

Selon Neilson SoundScan, les ventes totales d’albums au États-Unis ont chuté de 12,7% en 2010. 326,2 millions d’albums, tous formats confondus, ont été vendus en 2010, alors que 2009 affichait des ventes à hauteur de 373,9 millions de copies. L’ensemble des ventes numériques de musique (albums, singles, sonneries, vidéos, etc…) ont chuté de 2,4%.

En revanche, les ventes numériques de musique à la pièce (singles) ont légèrement augmenté (+ 1%) en 2010, soit 1,17 milliard d’unités vendues; la croissance de celles-ci était de +8% en 2009 et de +27% en 2008. Selon Eric Garland (de Big Champagne), ce ralentissement, voire ce quasi-plafonnement des ventes numériques serait attribuable à l’augmentation de l’offre légale et gratuite de musiques en «streaming» (tels que Youtube, Vevo et Pandora).

La possession de la musique céderait-elle place à l’accès à la musique?

Autres faits intéressants en 2010

Les ventes de vinyles ont augmenté de 14% en 2010 (2,8 millions de copies vendues en 2010, contre 2,5 millions en 2009). Toujours en 2010, les labels indépendants états-uniens ont arraché près de 0,5% de la part de marché aux Majors.

Projet de loi C-32 : l’art de décider à la place des créateurs…

En juin dernier, le ministre de l’Industrie, Tony Clement, et le ministre du Patrimoine canadien, James Moore (celui qui ne connaissant pas Guy Laliberté, Félix Leclerc, Atom Egoyan, Jean-René Dufort, Robert Lepage et Céline Galipeau à Tout le monde en parle…), nous pondaient le projet de loi C-32 visant à revoir la loi canadienne sur le droit d’auteur. La loi actuelle permet entre autres aux créateurs d’être rémunérés lorsque leurs œuvres sont reproduites, présentées et communiquées au public.

Et voici en partie le projet de loi C-32, selon mon humble compréhension :

  • Il permettrait aux remixeurs de bricoler de nouvelles œuvres fondées sur des œuvres pré-existantes (Mash-up), tant que ça reste à but non-commercial;
  • Il permettrait à Monsieur-madame tout le monde de copier la musique des créateurs sur leur iPod, iPhone, disques durs et autres supports numériques, ce sans payer les créateurs pour la reproduction de leur musique;
  • Il empêcherait les photographes d’être payé pour la reproduction de leurs photos, si c’est fait dans un but non-commercial ou privé. Par exemple, mon photographe ne toucherait pas de droit sur la reproduction de la photo qu’il a prise de moi, lorsque j’en ferais copie sur mon profile Facebook;
  • Il permettrait à Monsieur-madame tout le monde d’enregistrer son émission télé ou radio préférée et en conserver copie jusqu’au visionnement complété (ce que tout le monde fait, de toute façon);
  • Il permettrait à Monsieur-madame tout le monde de faire une copie de sauvegarde de ses MP3, CD, cassettes, vinyles, 8 pistes, etc… ce dans leurs formats préférés;
  • Il permettrait une utilisation sans frais des œuvres à de fins «éducatives». Par exemple, les profs pourraient envoyer par courriel à leurs élèves une leçon ou un devoir qui inclue une œuvre protégée par le droit d’auteur, comme un MP3, une photo ou quelques paragraphes, voir la totalité d’un livre numérique, ce sans payer de droits au créateur. Les profs pourraient faire des photocopies (numérisations ou scans) qui seraient envoyées par courriel aux étudiants, plutôt que d’être imprimées et remises en main propre (on vient de sauver quelques arbres ici). Un prof de cinéma pourra prendre son vidéoclip préféré sur Youtube et le montrer à ses étudiants sans frais, à moins qu’il soit clairement identifié à côté du vidéoclip qu’il en est interdit;
  • Il permettrait aux bibliothèques de prêter un livre numérique sans rémunérer le créateur, à la condition que le livre contienne un DRM (Digital Right Management ou verrou numérique empêchant la reproduction);
  • Il mettrait Monsieur-madame tout le monde dans le trouble, s’il tentait de contourner une mesure de protection d’une oeuvre (DRM) et exposerait les détracteurs à des amendes allant de 100$ à 5000$ pour des violations non-commerciales (exemple : téléchargement illégal ou transformation d’une chanson dans un format avec DRM en chansons sans DRM);
  • Il déclarerait les fournisseurs d’accès Internet (FAI) officiellement déresponsabilisés du contenu qui circule sur leur réseau. Cependant, les FAI seraient tenus de coopérer afin de permettre à un créateur violé d’aviser un utilisateur violeur du délit commis au sujet d’une œuvre en particulier.

Ça ne fait malheureusement pas le tour… je ne suis pas assez juriste pour vulgariser l’ensemble du projet de loi. Mais vous pouvez lire davantage à ce sujet sur cultureequitable.org, en lisant cet éclairant article intitulé C-32 pour les nuls ou, si vous vous sentez d’attaque, en épluchant le projet de loi C-32 du Gouvernement Harper.

Mon point de vue au sujet de ce projet de loi

C’est bien tout ça… sauf que je crois profondément qu’il revient aux créateurs de disposer de leurs droits - et non au Gouvernement Conservateur de M. Harper -. Il revient aux créateurs (et aux Société de gestion de droits collectifs qui les représentent) de s’adapter aux nouvelles utilisations dans un environnement numérique et de décider quelles sont les circonstances où l’utilisation d’une œuvre doit être rémunérée ou non. Pas au Ministre de l’Industrie canadienne ou celui du Patrimoine canadien.

Ce projet de loi encourage aussi l’utilisation des très impopulaires DRM (impopulaires, tant auprès des artistes que des fans).

Le droit d’auteur actuel est un droit automatique au créateur d’une œuvre. La nouvelle loi sur le droit d’auteur nécessiterait dans certains cas que l’artiste indique clairement aux côtés de son œuvre qu’il est impossible de la reproduire (alors que présentement, c’est l’inverse : il doit indiquer qu’une reproduction est permise). Connaissant les artistes et leur assiduité légendaire, les avocats ne manqueront pas de boulot à faire valoir les droits des artistes qui auront «oublié» de mentionner que la reproduction de leur œuvre est interdite… Et comme si les artistes avaient l’argent pour les payer!

Le droit d’auteur actuel n’est pas parfait… mais il donne pleine possibilité au créateur de disposer comme bon lui semble des revenus et bénéfices liés à l’exécution publique de son œuvre, à sa reproduction, à sa modification et à la dimension morale de sa création. À ce titre, il existe un outil extraordinaire qui permet aux créateurs d’une œuvre d’en disposer comme bon leur semble : Creative Commons.

Bref, à voir la manière que James, Tony et Stephen veulent remixer la loi canadienne sur le droit d’auteur, on dirait qu’ils cherchent à forcer les créateurs à adopter cette licence Creative Commons : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.5/ca/

Creative Commons

Je ne suis pas contre ce type de licence… au contraire; je l’ai personnellement recommandée aux artistes avec qui je travaille. Par contre, il revient selon moi à l’artiste – au créateur – de choisir les paramètres de disposition de son œuvre; et non au Gouvernement de décider à la place des créateurs.

En terminant, puisque l’Assemblée Nationale du Québec a récemment adopté à l’unanimité une motion contre le projet de loi fédéral C-32 de Tony Clement et James Moore (qui en connaît long sur la culture du Québec…), alors pourquoi ne pas négocier le rapatriement du droit d’auteur sous la gouverne provinciale? Il me semble que ça serait un excellent premier pas vers la sauvegarde de notre culture, non?

Go Johnny Go!

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