La fin… de la musique ou d’un modèle économique?

À quoi sert la musique, s’il n’y a personne pour l’écouter? Ne serait-ce que pour la «démarche» de création qu’elle impose, la musique vaut la peine d’être composée pour son compositeur. Peu importe les modèles économiques, il y aura toujours des créateurs de contenus. Non pas pour des raisons d’exploitation, mais bien par pur besoin de créer. C’est viscéral.

Or, la question n’est pas à savoir si la musique subsistera au-delà des déboires de ses modèles économiques. Non. Bien sûr qu’elle survira. Les vraies questions à se poser sont les suivantes :

  • À quoi ressemblera la musique si son support (ou médium) change?
  • À quoi ressembleront les modèles économiques de la musique si on ne peut plus la vendre?

Rappelez-vous les débuts de la télévision : le premier réflexe de nos pionniers du contenu télévisuel a été de «planter» une caméra devant une pièce de théâtre en direct. Puis est arrivée la possibilité de faire du différé. Ensuite est apparue la communication par satellite et ses possibilités de faire des converses outre-mer en direct, d’interagir avec les auditeurs, etc… On voit bien que le médium apporte avec lui de nouvelles possibilités d’exploitation du contenu, de même que la modification du processus créatif! On a inventé des émissions-questionnaires en direct avec la participation par téléphone des auditeurs (Tous pour Un, par exemple). On a créé des concepts de télé-réalité où des participants à Loft Story livrent une réalité qui sera à son tour remontée à posteriori, afin de créer une histoire de toute pièce proche de la fiction; On a réinventé des émissions «talk show» comme «Tout le Monde en Parle», ce Pawa national, cette émission culte digne remplaçante de la «grande messe du dimanche» d’antan… bien plus complexe qu’une simple pièce de théâtre filmée et retransmise en direct, non?

On a créé le contenu en fonction du médium, ainsi qu’en fonction des moeurs. Les médiums changent. Les créateurs de contenus s’adaptent. Et les modèles économiques n’ont guère le choix de suivre… puisqu’il faut bien vivre. Et c’est dans les conditions précaires qu’on devient ultra-imaginatif, qu’on s’empresse de dessiner des modèles économiques viables.

Avec l’actuelle révolution qui influence nos mediums de diffusion, fort est à parier que nous assisterons à la disparition des «artistes d’album» en même temps que les albums eux-mêmes. Si le phonogramme est né en 1877 avec Thomas Edison permettant d’immortaliser la prestation d’artistes talentueux, c’est ce même genre de support sonore qui a malheureusement permis à des artistes ayants d’immenses lacunes vocales (en spectacle) de faire belle figure sur un album (Mili Vanelli).

Puisque la technologie a apporté la possibilité d’immortaliser la musique et de la revendre sur des supports physiques, maintenant cette même technologie propose ironiquement de «travestir» la duplication d’une oeuvre (reproduction mécanique) en une nouvelle forme de diffusion incontrôlable, de personne à personne, d’ordinateur à ordinateur, aussi virale que le bouche à oreille.

Cette même avancée technologique empêche désormais les sacro-saints réseaux de distribution, les détaillants de disques et les radios commerciales d’imposer la suprématie d’un style musical au détriment de bien autres; le contenu se démocratise. Voilà néanmoins une bonne nouvelle ! Reste à trouver comment monnayer le tout. Lorsque le ventre de l’industrie du disque criera famine, son imagination deviendra fertile; l’industrie du disque (re)deviendra alors l’industrie de la musique. La possibilité d’exploiter la musique en la fixant sur un support physique, pour ensuite la vendre, tire à sa fin. Ce règne aura duré de 1877 à 2012, présumons (135 ans).

En considérant l’ensemble de l’histoire de la musique, on peut s’imaginer que ce «déplacement momentané» du moteur économique (du spectacle vers le disque) tend à revenir à la normale; si l’ère «pré-phonogrammique» mettait le spectacle en avant-plan, l’ère «post-phonogrammique» en sera tout autant… bonifiée par la démocratisation des contenus et l’accélération des communications qu’impose Internet. Ce détour fort lucratif de l’histoire de la musique aura permis à une industrie de naître, de se faire des couilles en or et de disparaître. 135 ans plus tard, les créateurs créent toujours!

L’avenir de la musique conservera l’enregistrement studio comme une étape incontournable afin de fixer l’oeuvre sur une bande maîtresse, visant à la rendre audible «à l’extérieur» de la tête du créateur. En dépit de pouvoir vendre la musique, celle-ci pourra être reproduite à des fins de promotion de l’artiste pour lui donner une valeur, lui construire une image de marque (Branding). Une fois l’image d’un artiste hautement valorisée, il ne restera plus qu’à la monnayer. La fin de la vente de la musique stimulera donc l’imagination!

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About Guillaume Déziel

Acteur dans l'industrie québécoise de la musique et fervent défenseur de la musique gratuite comme moteur économique d'une nouvelle industrie mondiale.

2 responses to “La fin… de la musique ou d’un modèle économique?”

  1. alzaz says :

    Tant que les vendeurs de musique s’obstineront à vendre à l’ancienne quelque chose de révolutionnaire, on tournera en rond et en opposition.

    Aujourd’hui, un artiste créateur n’est plus un troubadour et c’est bien dommage. On aime les concerts à prix raisonnable. De plus, il ne compose plus en temps de musique mais en kilo-octets.

    Les vendeurs doivent s’adapter en vendant pas cher (prix juste à définir) des giga-octets que les gens peuvent goûter et jeter à volonté.

    La collection de vinyls ou de CD, c’est fini et ça ne rime plus à rien. Il faut vivre avec son temps, j’ai 50 ans. Je viens d’acheter un disque dur externe de 350 Go pour la musique uniquement. En prix ancien, c’est une fortune que peu de gens peuvent se permettre et comme les dealers sont têtus, je pirate.

    Honnêtement, je mettais 150 € / an avant d’arrêter pour cause d’escroquerie aux DRM. Maintenant, j’achète des CD de musique classique légaux à O,99 € le CD ! A ce prix, ils réussissent à m’extorquer 240 € / an, tout le monde s’y retrouve, moi avec mes 240 CD de musique faite par de vrais musiciens. C’est faisable, juste une question de réalisme. Et j’achète si je veux, pas de contrat. Ils pourraient faire ça avec le jazz contemporain, le rock…

    Tout le monde rêve de faire du beurre sur le beurre. Qu’ils rêvent donc.

  2. Jeff-TVQC says :

    concernant la musique et les MP3 qui sont disponible gratuit sur le net les groupes et DJ peuvent jouer dans le monde entier et avoir une publique ce qui aurait été impossible sans le P2P.

    Un groupe comme Epica ou within temptation peuvent attirer plus de 1000 personnes à leurs concerts en Amérique et tout ça grâce au MP3. Sans les mp3 ces groupes serait totalement inconnue de ce coté de l’atlantique ou avec un succès très mitigé et JAMAIS ne serait venu en concert en Amérique sans le P2P.

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