La Stratégie culturelle numérique de Kotto (pour les nuls)

Le 3 mars dernier, Maka Kotto, ministre sortant de la culture et des communications, dévoilait sa «Stratégie culturelle numérique québécoise» dont les détails peuvent être parcourus en ce document de 20 pages : Pour occuper l’espace numérique – Stratégie culturelle numérique du Québec (Mars 2014).

Comme 739 autres acteurs culturels, j’ai participé depuis 2011 aux longues réflexions et multiples échanges menant à cette stratégie. J’ai donc pris la peine de faire la lecture du document proposé par le ministre Kotto et de vous en résumer ici ses grandes lignes.

Ce document propose 9 objectifs que je résumerai simplement pour vous. Vous trouverez donc plus bas un sommaire de la stratégie proposée par Maka Kotto, accompagné de  mes suggestions complètes formulant des mesures concrètes, faciles à mettre en place et ne nécessitant aucune injection supplémentaire de fonds gouvernementaux.

A.1  Rendre disponible l’offre culturelle existante

En résumé : Convertir sur support numérique la multitude de contenus culturels québécois existants, dans des formats et selon les normes répondant aux impératifs d’interopérabilité. Procéder à la saisie numérique des collections, archives et autres contenus culturels québécois, notamment patrimoniaux.

Suggestion : Garantir une période d’exclusivité d’exploitation de 7 ans aux producteurs, période après laquelle la collectivité devrait avoir plein accès à sa culture, partout, dans tous les formats, dans tous les modèles d’affaires, sans exception. De fait, tous les contenus produits avant 2007 et ayant bénéficié de l’aide financière de l’État devraient être mis par décret gouvernemental sous licence Creative Commons BY-NC-SA et, ainsi, rendus accessibles à tous pour utilisation et partage individuel à des fins non-commerciales.

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A.2  Soutenir la création numérique originale

En résumé : Soutenir la création numérique originale dans toutes les disciplines, sur toutes les plateformes. Décloisonner les disciplines dans le cadre des programmes de subvention. Soutenir et encourager la création d’œuvres numériques inédites destinées aux plateformes numériques Web et mobiles, ainsi qu’aux écrans des espaces publics intérieurs ou extérieurs.

Suggestion : Remanier les subventions actuelles de manière à être plus généreux avec les producteurs et créateurs de contenus les plus permissifs avec la collectivité; en revanche, donner moins aux plus restrictifs.

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A.3  Favoriser les pratiques émergentes et inédites

En résumé : Encourager l’innovation en favorisant des partenariats croisés entre intervenants, les pôles d’expérimentation et les laboratoires de pointe; en stimulant de nouvelles formules d’usages et de services. Enrichir l’expérience culturelle et inciter la participation du citoyen à l’enrichissement des contenus. Se servir du numérique pour valoriser l’art non-numérique.

Suggestion : Ajouter la notion de «transparence» comme attitude exigée auprès de toute personne financée par l’État, tant dans les processus de création que dans les pratiques de mise en marché et de distribution.

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B.1  Intégrer les logiques émergentes de demande et de multiplication des accès

En résumé : Permettre aux citoyens de rencontrer la culture d’ici sous toutes ses formes. Rendre les contenus disponibles partout et en tout temps. Favoriser l’accès aux contenus culturels dans l’environnement mobile et par les médias sociaux. Assurer une présence des contenus culturels sur les vitrines existantes. Soutenir la valorisation des contenus dès leur création ou numérisation.

Suggestion : Investir sur l’infra-consommateur de culture plutôt que sur les infra-structures et le béton. Étendre le programme de Sensibilisation à la chanson et diffusion pour le milieu collégial de la SODEC au primaire et secondaire. Ainsi, nous favoriserions la formation des «consommateurs de demain» de notre culture.

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B.2  Investir l’espace culturel global avec des contenus québécois

En résumé : Faire rayonner notre culture; le numérique permet l’ingéniosité face à la forte concurrence de pays comme les États-Unis ou la France. Soutenir la diffusion en ligne des contenus culturels, notamment au Répertoire du patrimoine culturel du Québec et à la plateforme Web de diffusion culturelle de Télé-Québec. Soutenir la diffusion Web en direct d’événements culturels. Soutenir l’agrégation et la distribution de la production culturelle. Favorise la diffusion à l’aide d’une stratégie globale d’approvisionnement.

Suggestion : Financer les projets culturels en fonction de leur mise à disposition et leur accessibilité. Exiger que les contenus subventionnés soit publiés par le biais d’une «arrière-boutique culturelle» nationale, permettant à la fois d’archiver la culture en temps réel, de la rendre interopérable et de la livrer à des vitrines marchandes.

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B.3  Encourager la collaboration entre les acteurs d’une chaîne plus intégrée

En résumé : Favoriser le dialogue, la reconnaissance des savoir-faire et la concertation. Stimuler des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels. Adapter le financement des diverses étapes de la création, de la production, de la diffusion et de la conservation de la culture. Fédérer et intégrer les fonctions culturelles pour créer des initiatives numériques rassembleuses dans différents secteurs d’activité.

Suggestions : Créer de nouveaux programmes d’Aide à la synergie, gérés au cas par cas, ouverts en tout temps. Bonifier de 1% toute subvention accordée à un utilisateur qui s’engage à divulguer publiquement les détails de son plan de commercialisation, puis les résultats obtenus. «1% de plus, au profit des 99% autres»… quel beau slogan dans une campagne électorale ! À terme, l’octroi de toute subvention publique sans que son parachèvement ne soit rendu public, devrait être banni.

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C.1  Adapter les outils publics d’intervention

En résumé : Adapter la réalité légale en fonction de la réalité du numérique. Créer une veille d’analyse stratégique permanente.

Suggestion : Pour éviter les Icebergs en cours de route, il est nécessaire de mettre en place un Comité Consultatif Numérique de la Culture ayant pour mandat d’observer les tendances de consommation de la culture et de porter des recommandations «pro-actives» pour éviter toute crise industrielle.

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C.2  Assurer des conditions d’exercice adaptées pour l’ensemble des milieux

En résumé : Encourager des modèles économiques numériques équitables et financièrement profitables pour tous ceux qui y contribuent. Favoriser le développement des compétences numériques et le rehaussement des infrastructures d’accès au contenu numérique (accès Internet à haute débit). Créer un Chantier sur le droit d’auteur. Forums pour explorer les solutions visant au respect du droit d’auteur en matière de diffusion dans l’univers numérique. Soutenir la mise à niveau des équipements des lieux culturels et leur connectivité (ce qui a déjà été entamé). Appuyer le renouvellement continu de la compétence des milieux culturels.

Suggestion : Éviter de tomber dans le piège facile de l’investissement sur les infrastructures; l’importance réelle, c’est la formation du consommateur de culture de demain. Exiger la transparence auprès de tout prestataire de subventions; explorer les solutions visant à adapter le droit d’auteur actuel à l’univers numérique, plutôt que l’inverse.

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C.3  Favoriser une culture numérique contribuant à l’économie du savoir

En résumé : Données ouvertes. Transparence. Développer une économie du savoir fondée sur la créativité, les habiletés et les connaissances de la population. Offrir des outils de médiation éducative et des espaces virtuels de regroupement d’intérêts et d’expression citoyenne.

Suggestion : Encourager, voire «forcer», la création de plateformes d’échanges et de discussions entre chacun des intervenants qui représentent un «cloché» dans un secteur culturelle. Le milieu de la musique étant hautement complexe, une intervention divine du Ministère de la culture sera assurément nécessaire. De plus, la relecture du rapport Gautrin demeure inspirante pour développer l’économie du savoir.

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Atelier sur l’Édition musicale à Sherbrooke

Jeudi le 6 mars prochain, j’aurai le plaisir d’être invité par le Conseil de la Culture de l’Estrie à présenter un atelier d’une journée complète sur l’Édition musicale. Soyez les bienvenus !

L’ÉDITION MUSICALE
Comment tirer profit de sa musique en la commercialisant
Jeudi 6 mars 2014, de 9 h 30 à 16 h 30
Maison des arts de la parole, 138, rue Wellington Nord, Sherbrooke, bureau 202 (2e étage)

>> ÉVÉNEMENT FACEBOOK

Composer de la musique et des paroles, c’est bien, mais en vivre, c’est mieux ! Cet atelier présentera les fondements de l’édition musicale afin de vous permettre de mieux comprendre comment augmenter la demande pour votre musique et en tirer profit. Un survol sur le droit d’auteur et ses pratiques commerciales vous permettra de découvrir toute l’étendue de cet univers méconnu des musiciens.

Clientèle visée : Les musiciens professionnels ou en voie de professionnalisation.
Dates : Jeudi 6 mars 2014, de 9 h 30 à 16 h 30
Lieu : Maison des arts de la parole, 138, rue Wellington Nord, Sherbrooke, bureau 202 (2e étage)
Coût : 45 $ (coût réel : 225 $)

Inscription : Pour vous inscrire, complétez le formulaire d’inscription. Faites-le parvenir accompagné de votre paiement complet au Conseil de la culture de l’Estrie, au 17 rue Belvédère Nord, Sherbrooke, J1H 4A7. Pour plus de renseignement : (819) 563-2744.

Notions couvertes par cet atelier :

En une seule journée d’atelier, vous serez en mesure de comprendre la différence entre un gérant et un éditeur, les tâches de l’éditeur, la création d’une oeuvre et son partage entre les créateurs (auteurs, compositeurs). Vous démystifierez le concept de clé de répartition et de part éditoriale. Vous en apprendrez plus sur le rôle du co-éditeur, du sous-éditeur et de l’administrateur d’édition. Vous survolerez les types d’ententes contractuelles entre éditeur et créateur : cession de droit, contrat de préférence, avances sur redevance, rétrocession des droits, etc…

Sans être un cour de droit, cet atelier explique les grandes lignes du droit d’auteur, sa durée et les sous-droits qu’il comporte (en ce qui concerne la musique) : droits moraux, droits patrimoniaux, droit d’exécution publique, droit de reproduction mécanique. Nous effleurerons les droits voisins réservés aux interprètes et producteurs. Les sociétés de gestion collective de droits telles que la SOCAN, la SODRAC, la SOPROQ et ARTISTI vous seront présentées, ainsi que les principaux syndicats tels que l’Union des Artistes et la Guilde des Musiciens.

Nous parcourrons aussi la notion de «domaine public», évalueront sa santé actuelle et son importance pour la créativité. Puis, nous découvrirons le Creative Commons, les motivations derrière de ce principe et les types de licences possibles en accord avec la réalité du Web 2.0.

Enfin, le droit de synchronisation sera décortiqué, particulièrement en déterminant la différence entre le droit reproduction de la bande maîtresse et celui de la reproduction mécanique. Pour mieux comprendre, des exemples pratiques fondés sur des cas existants seront présentés grâce à Youtube.

AVIS JURIDIQUE :
L’atelier «L’ÉDITION MUSICALE» présenté par Guillaume Déziel ne doit en aucun cas être interprété comme une série de conseils juridiques. Toute information transmise dans le cadre de cet atelier l’est fait à titre général et informatif. Veuillez consultez un avocat en propriété intellectuelle pour obtenir des avis juridiques spécifiques à votre situation.

Bien qu’illégal, le sampling fait vendre

allday_frontcoverLe juriste texan Michael Schuster a récemment publié une étude empirique sur l’effet qu’a l’échantillonnage numérique (ou le sampling) sur les ventes de chansons protégées par le droit d’auteur et la façon dont cet effet devrait influencer l’analyse de l’utilisation équitable (Fair Use).

Schuster a analysé les ventes de plus de 350 chansons faisant l’objet d’échantillonnage par Girl Talk (Gregg Gillis) sur son plus récent album All Day, disponible en téléchargement libre sous la licence Creative Commons BY-NC. Mettant en corrélation l’utilisation d’échantillons sonores par Girl Talk avec les ventes des chansons complètes faisant l’objet des échantillonnages, Schuster (avec un degré de signification statistique de 92,5%) en arrive à la conclusion que les chansons utilisées (illégalement) par Girl Talk sur All Day auraient profité de meilleures ventes dans l’année suivant leur sampling que dans l’année précédente.

L’étude intitulée «Fair Use, Girl Talk, and Digital Sampling: An Empirical Study of Music Sampling’s Effect on the Market for Copyrighted Works» est actuellement en cours de révision afin d’affiner et finaliser la méthodologie et les conclusions. Mais déjà, ses conclusions remettent en cause 2 choses :

  • la pertinence de protéger – à tout prix – l’intégrité d’une œuvre originale;
  • la lutte des Majors contre l’utilisation équitable (Fair Use), l’équivalent du «droit de citer» bien admis en littérature.

Ce que tous savaient intuitivement est maintenant donc en voie d’être démontré scientifiquement. Or, si l’argument des Majors prétextant qu’ils subissent une perte de revenus lorsqu’un musicien utilise un petit bout de leurs bandes maîtresses originales (Master) pour créer une toute nouvelle oeuvre, on peut désormais s’attendre à des batailles juridiques à venir où le musicien pourra plaider que, comme c’est le cas avec Girl Talk, son utilisation artistique d’une partie d’une oeuvre préexistante risque, au final, de mieux faire vendre l’oeuvre originale faisant l’objet d’échantillonnage. On parle d’une promotion implicite de l’oeuvre originale lorsqu’elle est citée dans une oeuvre dérivée.

Pour voir un excellent documentaire sur cet enjeu, je vous invite à visionner RIP: A Remix Manifesto. Bien que datant de 2008, les propos de ce films sont toujours d’actualité.

Conférence à la Maison Notman

Pour ceux et celles intéressé(e)s par les détails de l’Histoire de la mise en marché de Misteur Valaire, je vous invite à assister gratuitement à ma conférence ce soir :

Premiers arrivés, premiers servis!

Guillaume Déziel

2 conférences en Mai

Pour ceux et celles intéressé(e)s par les détails de l’Histoire de la mise en marché de Misteur Valaire, je vous invite à assister gratuitement à une de mes conférences à venir au mois de Mai. J’ai encore quelques places gratuites pour assister à une ou l’autre de ces deux conférences :

  • Jeudi 02 mai 2013 – de 18 à 20h, conférence #43 «Donner pour mieux vendre» dans le cadre des 6 @ 8 Ateliers-conférences de l’Agence TP1, Montréal. Gratuit sur réservation. **RÉSERVER votre place.

Premiers arrivés, premiers servis!

Guillaume Déziel

Le Creative Commons incompris par la SPACQ

Dans le cadre du Forum sur la chanson québécoise organisé par le CALQ (les 4 et 5 février dernier), on a eu droit à des propos d’artistes témoignant parfois d’une écoeurantite aiguë envers un système qui semble nettement désavantageux pour eux; parfois d’une forte incompréhension de la structure industrielle à laquelle ils appartiennent. En revanche, plusieurs incompréhensions ont aussi été remarquées chez certains professionnels industriels, quant à la nouvelle réalité du numérique.

Dans un atelier sur La chanson québécoise à l’ère numérique, Pierre-Daniel Rheault, Directeur général de la SPACQ, a résumé vite fait sa pensée quant à l’outil juridique Creative Commons (lire Creative Commons 101), en disant à tort, selon moi : «si vous êtes Creative Commons, vous ne pouvez pas être membre de la SODRAC ou de la SOCAN». On a tôt fait de lui rappeler que le Creative Commons est effectivement incompatible avec la SODRAC (qui s’occupe exclusivement de monnayer le droit de reproduire l’oeuvre derrière une chanson), mais peut être compatible avec la SOCAN (qui s’occupe de monnayer sa diffusion, sa télécommunication publique), tout dépendant du type de la licence choisie.

Voici un exemple vivant : Misteur Valaire, membre en règle de la SOCAN, propose une licence d’utilisation de ses œuvres sous le Creative Commons (de type BY-NC-SA) permettant à la collectivité de partager gratuitement ses œuvres et de les remixer, tout en réservant à Misteur Valaire le droit exclusif d’exploiter commercialement ses œuvres. Ceci dit, l’artiste qui remixe les oeuvres de Misteur Valaire peut le faire par pur plaisir, sans aucune permission à demander. Il peut aussi la partager et la diffuser à des fins non-commerciales. Et si l’envie lui vient de vouloir commercialiser son œuvre dérivée de celle de Misteur Valaire, alors ce remixeur sera contraint de contacter Misteur Valaire et de s’entendre sur un partage de revenus. C’est assez simple comme concept. En plus, ça permette la création d’une culture à venir fondée sur la culture précédente. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

De fait, lors du choix d’une licence Creative Commons, si un auteur et/ou compositeur d’une chanson choisit de permettre son partage (reproduction) et son remixage (adaptation), sans toutefois permettre son exploitation commerciale (monétisation), alors il lui est encore possible de dire à la SOCAN : «Prends svp mon droit de faire du CA$H avec la diffusion de mon œuvre, perçois ses revenus en mon nom et repaye-moi le plus justement possible». On peut donc logiquement céder à la SOCAN ce qui nous appartient encore. Ça ne prend pas un avocat pour comprendre ça…

Du copyright qui permet le partage

Bref, Creative Commons propose du droit d’auteur à la carte; on peut s’en servir pour faire du copyright permettant le partage, tout comme on peut décider de céder son oeuvre à la collectivité et vivre d’amour et d’eau fraîche. Mais entre le noir et le blanc, il y a plein de teintes de gris. L’outil permettant de choisir la teinte qui convient à un créateur s’appelle Creative Commons (voir formulaire de création de licence).

Creative Commons - Droit d'auteur à la carte
Creative Commons : Le droit d’auteur à la carte

Il faut se rappeler que Creative Commons a été inventé pour permettre aux ayants droit de demain de pouvoir créer, en totalité ou en partie, sur une base de culture existante libérée d’un droit d’auteur rigide et contraignant, voire plus avantageux pour le contentieux d’une multinationale que pour la culture de la planète.

L’incompréhension et la désinformation persiste néanmoins

Suite à son propos erroné, le Directeur général de la SPACQ, M. Pierre-Daniel Rheault, a avoué publiquement son manque de nuance devant la cinquantaine de participants à l’atelier. Chose appréciée.

Cependant, on a vu apparaître dès le lendemain ce mémo sur le site de la SPACQ (sans possibilité de commenter… le web 2.0, ça ne vous dit rien?!) qui laisse encore présager que la SOCAN et le Creative Commons seraient incompatibles :

En utilisant une licence CC, le créateur procède à une cession de son droit d’auteur quant à l’usage qui est fait de son œuvre. Les œuvres ne bénéficient plus de la protection conférée par la Loi sur le droit d’auteur en vigueur. À l’inverse, le créateur membre d’une société de gestion collective tel que la SOCAN ou la SODRAC renonce à autoriser l’usage des œuvres qu’il y déclare, et ne peut donc souscrire à une licence CC.

Cela est à mon avis – en partie – faux, puisqu’en utilisant une licence CC, le créateur procède à une cession de certaines parties de son droit d’auteur quant à l’usage qui est fait de son œuvre. Donc, les œuvres ne bénéficient plus de la pleine protection conférée par la Loi sur le droit d’auteur en vigueur. Ça dépend vraiment de la licence CC choisie.

Par exemple : le fait de «laisser aller» son droit de reproduction tout en conservant ses droits patrimoniaux (droit de faire du CA$H) ne veut pas dire qu’on abandonne systématiquement son droit d’exécution publique (droit de diffuser publiquement l’oeuvre).

Autre semi-vérité selon moi :

Les licences CC sont donc destinées à une exploitation gratuite et à grande échelle des œuvres, en permettant facilement à des tiers d’emprunter ces dernières.

Encore là, ça dépend de la licence que le créateur choisit pour son œuvre. La licence BY-NC-SA que Misteur Valaire a choisie permet le partage de ses œuvres gratuitement, mais empêche toutes autres sortes d’exploitation gratuite. C’est à mon avis réducteur de la part de la SPACQ de présenter la chose ainsi. En plus, le fait de laisser la planète se partager une toune n’enlève en rien la possibilité de demander à une agence de pub 25 000 $ pour l’utilisation de la toune à la télé, durant 13 semaines au Québec. Permettre le partage sans permettre l’exploitation commerciale, c’est plus que jamais possible avec Creative Commons.

De plus, cette phrase suivante m’irrite particulièrement, et je vais vous expliquer pourquoi par après :

[…] dans le cas d’une poursuite judiciaire contre le créateur, CC se dégage de toute implication. Il en est de même lorsqu’un mauvais usage est fait de l’œuvre du créateur et que ce dernier désire obtenir réparation. Il est donc certainement dans l’intérêt d’un individu d’adhérer à une société de gestion collective de droits d’auteur afin d’avoir une position avantageuse dans un tel cas.

Comme si la seule manière d’obtenir réparation pour une utilisation non respectueuse d’une licence était de se faire défendre par une société de gestion collective de droit d’auteur…!? Pourtant, envoyer une facture, une mise en demeure ou une demande de règlement à l’amiable est à la portée de tous. En tant qu’éditeur, je suis, la plupart du temps, laissé à moi-même pour collecter un droit de synchro non autorisé. Voici d’ailleurs un cas vécu :

Pour avoir vécu une situation où une chanson de Misteur Valaire (incluant un artiste collaborateur ayant droit membre de la SODRAC) avait été utilisée à des fins commerciales par un gros joueur canadien, sans notre consentement, je peux vous confirmer que l’enjeu #1 de la SODRAC dans ce cas précis était que le fait de poursuivre rapporterait moins que les frais encourus par la poursuite… Alors, lorsqu’une Société de gestion collective met ses intérêts financiers devant le principe de faire respecter le droit d’auteur, on part de loin en titi…

Pour vous dire, tout ça me donne quasiment envie de partir un système d’assurance juridique pour les créateurs dont les œuvres sont sous Creative Commons. Tant qu’à y être, si ça vous intéresse,  manifestez-vous via ce formulaire.

Je ne suis pas contre qu’il y ait des Sociétés de gestion collective de droit d’auteur, mais il m’apparaît évident qu’elles doivent embrasser le Creative Commons et l’inclure dans leur collimateur, plutôt que de le voir en opposition au Droit d’auteur (comme c’est le cas de la SPACQ, visiblement).

Enfin, tant qu’à être en mode « dénonciation », j’en profiterais pour mentionner que lors de ma dernière rencontre en novembre 2011 avec la SODRAC (pour leur expliquer le « modèle » de Misteur Valaire et, conséquemment, pourquoi ils ne sont pas membres de la SODRAC), son Directeur général m’a dit : « Creative Commons, ça, c’est quoi… C’est une société de gestion? » Ma réponse : « Non monsieur le directeur; c’est un OUTIL juridique permettant à un créateur d’informer la collectivité sur ce qu’il est possible ou impossible de faire avec son œuvre. Le © véhiculant l’idée que “rien n’est possible” sans consentement, donc nécessairement accompagné de lourdes procédures de demandes, le CC devient alors une alternative intéressante dans un environnement Web, sauf qu’il permet le partage sans restriction de l’œuvre, à des fins commerciales ou non, ce qui est nécessairement incompatible avec la SODRAC. Voilà pourquoi Misteur Valaire n’est pas membre chez vous ».

Si les Sociétés de gestion collective de droits d’auteur refusent d’évoluer, le monde autour d’eux ne cessera pas de se révolutionner. Ça, c’est un fait indéniable.

AVIS JURIDIQUE : Cet article ne doit en aucun cas être interprété comme un conseil juridique. Consultez un avocat en propriété intellectuelle pour obtenir des confirmations ou infirmations juridiquement valides quant à mes propos.

Contrat Creative CommonsCet article Le Creative Commons incompris par la SPACQ par Guillaume Déziel est mis à disposition de la collectivité selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-SA (Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported). Toute autorisation au-delà du champ de cette licence peut être obtenue au www.guillaumedeziel.com/contact/.

Merci d’être là.

Bonjour chers vous-tous qui lisez mes écrits !

Je profite de cette continuité «post-fin-du-mondienne» pour vous saluer et vous remercier d’être toujours là, au bout de ma liste d’envois.

J’ai parfois des choses à dire… mais je recherche toujours la conversation. J’émets mes opinions sur des enjeux liés à la musique, justement pour brasser, pour me faire brasser, pour susciter le débat et entendre d’autres points de vues. C’est ce qui fait que je me couche moins niaiseux le soir…

Je vous présente mon petit dernier qui souligne un phénomène marquant de 2012 :
Psy & Gangnam Style : l’attitude Creative Commons ?

Pas que Psy soit mon artiste préféré… mais le phénomène qu’il représente m’interpelle au plus haut point. Après avoir franchi le cap du milliard de vues sur YouTube, j’ai tenté de comprendre ce qui se trouve derrière l’effet viral de ce vidéoclip.

Bonne lecture et bon temps de Fêtes !
Si vous voulez me faire un beau cadeau, partagez cet article; commentez-le surtout!

Guillaume Déziel