Spotify, un modèle transitoire vers la blockchain?

Durée de lecture : 9 minutes

Blockchain_Illustration

Plusieurs dans le domaine de la musique croient que modèle de Spotify ne peut pas être viable à long terme pour les artistes.

Un avis que je partage.

Mais existe-t-il de meilleures alternatives? Oui ! La blockchain pourrait vraisemblablement sauver l’industrie de la musique.

Mais commençons d’abord par faire le tour des grandes problématiques qui sévissent actuellement dans le modèle centralisé de Spotify, pour ne prendre que cette plateforme en exemple :

1. Trop de Middle Men prennent leur cut au passage :
  • La plateforme de streaming (un %… énigmatique);
  • Le distributeur numérique (de 15% à 25% du résiduel);
  • La maison de disques (~40 à 60 % du résiduel, au-delà de la récupération des dépenses).

Règle générale, un modèle avec de tels intermédiaires peut facilement subtiliser aux artistes 75% des redevances (royalties ou royautés).

2. Le modèle de rémunération est opaque et inéquitable :
  • Par exemple, si j’écoute uniquement Louis-Jean Cormier durant un mois sur Spotify, hormis la commission de la plateforme, mon 9,99 $ d’abonnement mensuel payé sera principalement ventilé parmi les artistes les plus écoutés (comme Daddy YankeeEd sheeran, Calvin Harris, Bruno Mars, Taylor Swift, David Guetta, Drake, Major Lazer, Coldplay, Katy Perry, Justin Bieber, Adele, Kendrick Lamar, Rihanna ou Pharrell Williams), ainsi que parmi les grandes légendes comme Michael Jackson ou les Beatles. Du contenu de Major Labels, bref.
  • Selon The Gardian, les maisons de disques indépendantes auraient une rémunération nettement inférieure à celle des Majors labels, même si cette dernière serait dérisoire. Contrairement aux Major Labels, ces indépendants ne recevraient ni avances sur redevances, ni redevances minimales par écoute et 50% de moins du partage des (minces) revenus publicitaires. Un régime à deux vitesses qui force les artistes ayant le vent dans les voiles à embarquer dans le bateau des Majors Labels, pour bénéficier de meilleures redevances.
  • Selon Computer Sweden, au moment du lancement de Spotify en octobre 2008, les Major Labels auraient obtenu collectivement 18% des parts de l’entreprise pour seulement 14 000 $ USD… Selon cet article du Washington Post, ce pourcentage serait réparti entre les joueurs du Big Five comme suit :
    • Sony BMG : 5,8%
    • Universal Music : 4,8%
    • Warner Music : 3,8%
    • EMI : 1,9%
    • Merlin : ~1,0%
  • Clairement, sans cette «vente» d’actions au Big Five, Spotify n’aurait certainement pas pu offrir le TOP 100 des hits qu’on entend dans les radios, ni l’ensemble des grands classiques épiques présents dans les catalogues de ces Major Labels.

Ce contexte de confit d’intérêt flagrant ouvre la porte au Big Five pour accepter (au nom de leurs artistes…) de recevoir de Spotify des revenus moindres, permettant ainsi d’améliorer la rentabilité du géant du streaming et, conséquemment, d’encaisser plus rapidement des dividendes d’actionnaires. Voilà une hypothèse bien probable.

Alors 9 ans plus tard, croyez-le ou non, Spotify est valorisée à près de 1,6 milliards USD et déclare un chiffre d’affaires de près de 3,5 milliards USD. Aujourd’hui, d’après vous, combien vaut l’investissement initial du Big Five en 2008?

Or, toujours selon The Gardian, il semblerait que les dividendes et le profit de ventes d’actions ne seraient contractuellement pas considérés comme des redevances dues aux artistes. Alors que… Sans ces indispensables artistes et leur tubes, Spotify serait pratiquement sans intérêt pour le commun des mortels, ceux qui dansent sur Beat It, YMCA, Dancing Queen et Pump Up the Jam dans les 40ièmes anniversaires de mariage. 🙂

En d’autres termes, comme l’a dénoncé l’artiste suédois Magnus Uggla, la stratégie d’acquisition d’actions de Spotify par une Major Label a pour effet d’appauvrir les artistes qu’elle est sensée défendre, ce au profit des actionnaires qui la supportent. Tristement.

Des solutions?

En opposition aux modèles centralisés de Spotify, Deezer, Google Play, Apple Music et autres Pandora de ce monde, le modèle de plateformes décentralisées de streaming (fondé sur la blockchain) serait 100% transparent, plus équitable, infailliblement démocratique et permettrait d’outrepasser une série de Middle Men gourmands, entre l’artiste et son auditeur.

Prenons par exemple le cas d’OPUS Fondation qui se réclame être la première plateforme décentralisée de streaming au monde.

Selon cet article sur Steemit.com que je résume plus bas, la plateforme décentralisée offrirait de nombreux bénéfices, en comparaison à ceux de Spotify et l’ensemble des plateformes de streaming traditionnelles. En voici l’essentiel :

1. La transparence :

Fondée sur la blockchain d’Ethereum, cette plateforme permet à tous d’accéder, d’analyser et de traiter les données transigées. En d’autres mots, tous les artistes peuvent techniquement avoir accès à l’information sur les revenus que leur musique génère. Fini l’opacité. Désormais, il ne serait donc plus possible de cacher quoi rapporte combien à qui.

2. La démocratie

Théoriquement, tous les gens qui détiennent des tokens (ou des parts) dans une plateforme décentralisée peuvent s’exprimer et proposer des changements qui seront appliqués en fonction de règles démocratiques prédéterminées et immuables (exemple : si 70% des utilisateurs souhaitent modifier le pourcentage de partage de revenus des artistes ou le prix d’abonnement mensuel exigé aux utilisateurs, alors les changements pourront entrer en vigueur).

3. La justesse

Si on prend par exemple le cas de OPUS Fondation, 97% des profits générés par la plateforme sont reversés aux artistes, en fonction de leurs ententes de répartition (gérées par des Smart Contracts). Le reste du 3% étant pour assurer la maintenance de la plateforme.

4. La résistance à la censure

En théorie, une plateforme décentralisée de streaming (ainsi que son espace de stockage des contenus décentralisés) est immuable et ne pourrait être fermée par des autorités, dans la mesure où ce qui se retrouve comme contenus sur la plateforme est autorisé par leurs ayant-droits.

5. L’interopérabilité

La possibilité de créer (via une API) des applications connectées à la plateforme permettant à des tiers de construire toutes sortes d’outils intéressants (comme des sites d’analyse de tendances, des systèmes de traçabilité d’écoutes et de flux monétaires, des sites présentant des palmarès ou, encore, des lecteurs de musique aux fonctionnalités novatrices, s’approvisionnant en données et en contenus à la même blockchain de la plateforme, etc.).

En conclusion, si Spotify et les autres plateformes traditionnelles de streaming offrent – en théorie – un meilleur modèle que celui fondé sur l’achat de MP3, il n’en demeure pas moins que ce modèle est encore imparfait, dû à son opacité et au fait qu’il alimente toute une chaine d’intermédiaires (de moins en moins pertinents), raccrochés à l’ancienne industrie triomphante du «Disque» des années 90.

En revanche, le concept de plateforme décentralisée de streaming nécessite une adoption préalable des cryptomonnaies (de l’argent virtuel décentralisé, dont la rareté est la sécurité est garantie par la blockchain). Puisque dans un modèle décentralisé, les artistes devraient recevoir leurs juste part des redevances en cryptomonnaie, tandis que les utilisateurs, eux aussi, devraient payer leur abonnement en cryptomonnaie.

L’adoption de masse de telles technologies peut prendre du temps… Quoiqu’avec la récente alliance entre Mastercard, CISCO et Ethereum, on peut conclure que l’avenir ira assurément vers l’adoption des cryptomonnaies et des technologies fondées sur la blockchain.

De fait, l’enjeu n’est pas de savoir «SI» l’économie basculera de notre système monétaire traditionnel (FIAT) vers les cryptomonnaies ; l’enjeu est plutôt de prédire «QUAND» tout cela se produira.

En terminant, j’ajouterais qu’un des plus grands défis des plateformes décentralisées de streaming sera d’offrir de la musique «connue». Si Napster – cette plateforme décentralisée de téléchargement – a été adoptée par 52 millions d’utilisateurs de 1998 à 2001, c’est parce qu’on y retrouvait toute la musique du monde. Puisque Spotify a payé à grand prix son accès légal aux catalogues du Big Five, fort est à parier que seules les Majors Labels – et leur emprise sur le contenu connu – pourront élire LA plateforme décentralisée de streaming qui gagnera le marché.

Et comme Spotify vient de faire l’acquisition de Mediachain en avril dernier, on peut s’imaginer que le géant du streaming est déjà en train de se révolutionner, pour ne pas perdre cette longue joute de la décentralisation.


Pour votre plaisir personnel, voici une liste des plateformes décentralisées de streaming :

Streaming décentralisé de musique

Et des projets musique intéressants, en dehors du streaming :

Streaming décentralisé de vidéos

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One thought on “Spotify, un modèle transitoire vers la blockchain?

  1. Hello Guillaume. Merci pour ton article! Concernant l’acquisition d’actions des services de musique en ligne par les majors c’est bien vrai et c’est ce que l’on nomme la “value gap”. Les bénéfices sur la revente des actions ne seront pas partagés avec les artistes sous contrat. Par contre, je ne suis pas certain de ton affirmation comme quoi les recettes des artistes sont “poolés” en direction des gros joueurs et non granulaires comme dans ton exemple de Louis-Jean Cormier. Le souci est surtout que les millions de lignes de “spins” (écoutes) sur les services de musique en ligne sont impossibles à vérifier de façon diligente par qui que ce soit. C’est là que les technologies de chaînes de blocs pourraient jouer un rôle – automatiser et nettoyer la reddition de comptes. Tu utilises souvent l’expression “en théorie”. Tu fais bien. Pour parvenir à ce nouvel idéal que tu décris, il faut de nouveau croire que Internet et les technologies distribuées ne tomberont pas dans les mains des plus puissants acteurs et surtout, que les petits acteurs – les labels et artistes indépendants, les start-ups, les gouvernements des “petits” états comme le Canada, le Québec, la francophonie ou la France qui réfléchit déjà à sa souveraineté numérique – se “déniaisent” et fassent leurs devoirs pour ne pas se faire passer sur le corps.

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