Spotify, un modèle transitoire vers la blockchain?

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Blockchain_Illustration

Plusieurs dans le domaine de la musique croient que modèle de Spotify ne peut pas être viable à long terme pour les artistes.

Un avis que je partage.

Mais existe-t-il de meilleures alternatives? Oui ! La blockchain pourrait vraisemblablement sauver l’industrie de la musique.

Mais commençons d’abord par faire le tour des grandes problématiques qui sévissent actuellement dans le modèle centralisé de Spotify, pour ne prendre que cette plateforme en exemple :

1. Trop de Middle Men prennent leur cut au passage :
  • La plateforme de streaming (un %… énigmatique);
  • Le distributeur numérique (de 15% à 25% du résiduel);
  • La maison de disques (~40 à 60 % du résiduel, au-delà de la récupération des dépenses).

Règle générale, un modèle avec de tels intermédiaires peut facilement subtiliser aux artistes 75% des redevances (royalties ou royautés).

2. Le modèle de rémunération est opaque et inéquitable :
  • Par exemple, si j’écoute uniquement Louis-Jean Cormier durant un mois sur Spotify, hormis la commission de la plateforme, mon 9,99 $ d’abonnement mensuel payé sera principalement ventilé parmi les artistes les plus écoutés (comme Daddy YankeeEd sheeran, Calvin Harris, Bruno Mars, Taylor Swift, David Guetta, Drake, Major Lazer, Coldplay, Katy Perry, Justin Bieber, Adele, Kendrick Lamar, Rihanna ou Pharrell Williams), ainsi que parmi les grandes légendes comme Michael Jackson ou les Beatles. Du contenu de Major Labels, bref.
  • Selon The Gardian, les maisons de disques indépendantes auraient une rémunération nettement inférieure à celle des Majors labels, même si cette dernière serait dérisoire. Contrairement aux Major Labels, ces indépendants ne recevraient ni avances sur redevances, ni redevances minimales par écoute et 50% de moins du partage des (minces) revenus publicitaires. Un régime à deux vitesses qui force les artistes ayant le vent dans les voiles à embarquer dans le bateau des Majors Labels, pour bénéficier de meilleures redevances.
  • Selon Computer Sweden, au moment du lancement de Spotify en octobre 2008, les Major Labels auraient obtenu collectivement 18% des parts de l’entreprise pour seulement 14 000 $ USD… Selon cet article du Washington Post, ce pourcentage serait réparti entre les joueurs du Big Five comme suit :
    • Sony BMG : 5,8%
    • Universal Music : 4,8%
    • Warner Music : 3,8%
    • EMI : 1,9%
    • Merlin : ~1,0%
  • Clairement, sans cette «vente» d’actions au Big Five, Spotify n’aurait certainement pas pu offrir le TOP 100 des hits qu’on entend dans les radios, ni l’ensemble des grands classiques épiques présents dans les catalogues de ces Major Labels.

Ce contexte de confit d’intérêt flagrant ouvre la porte au Big Five pour accepter (au nom de leurs artistes…) de recevoir de Spotify des revenus moindres, permettant ainsi d’améliorer la rentabilité du géant du streaming et, conséquemment, d’encaisser plus rapidement des dividendes d’actionnaires. Voilà une hypothèse bien probable.

Alors 9 ans plus tard, croyez-le ou non, Spotify est valorisée à près de 1,6 milliards USD et déclare un chiffre d’affaires de près de 3,5 milliards USD. Aujourd’hui, d’après vous, combien vaut l’investissement initial du Big Five en 2008?

Or, toujours selon The Gardian, il semblerait que les dividendes et le profit de ventes d’actions ne seraient contractuellement pas considérés comme des redevances dues aux artistes. Alors que… Sans ces indispensables artistes et leur tubes, Spotify serait pratiquement sans intérêt pour le commun des mortels, ceux qui dansent sur Beat It, YMCA, Dancing Queen et Pump Up the Jam dans les 40ièmes anniversaires de mariage. 🙂

En d’autres termes, comme l’a dénoncé l’artiste suédois Magnus Uggla, la stratégie d’acquisition d’actions de Spotify par une Major Label a pour effet d’appauvrir les artistes qu’elle est sensée défendre, ce au profit des actionnaires qui la supportent. Tristement.

Des solutions?

En opposition aux modèles centralisés de Spotify, Deezer, Google Play, Apple Music et autres Pandora de ce monde, le modèle de plateformes décentralisées de streaming (fondé sur la blockchain) serait 100% transparent, plus équitable, infailliblement démocratique et permettrait d’outrepasser une série de Middle Men gourmands, entre l’artiste et son auditeur.

Prenons par exemple le cas d’OPUS Fondation qui se réclame être la première plateforme décentralisée de streaming au monde.

Selon cet article sur Steemit.com que je résume plus bas, la plateforme décentralisée offrirait de nombreux bénéfices, en comparaison à ceux de Spotify et l’ensemble des plateformes de streaming traditionnelles. En voici l’essentiel :

1. La transparence :

Fondée sur la blockchain d’Ethereum, cette plateforme permet à tous d’accéder, d’analyser et de traiter les données transigées. En d’autres mots, tous les artistes peuvent techniquement avoir accès à l’information sur les revenus que leur musique génère. Fini l’opacité. Désormais, il ne serait donc plus possible de cacher quoi rapporte combien à qui.

2. La démocratie

Théoriquement, tous les gens qui détiennent des tokens (ou des parts) dans une plateforme décentralisée peuvent s’exprimer et proposer des changements qui seront appliqués en fonction de règles démocratiques prédéterminées et immuables (exemple : si 70% des utilisateurs souhaitent modifier le pourcentage de partage de revenus des artistes ou le prix d’abonnement mensuel exigé aux utilisateurs, alors les changements pourront entrer en vigueur).

3. La justesse

Si on prend par exemple le cas de OPUS Fondation, 97% des profits générés par la plateforme sont reversés aux artistes, en fonction de leurs ententes de répartition (gérées par des Smart Contracts). Le reste du 3% étant pour assurer la maintenance de la plateforme.

4. La résistance à la censure

En théorie, une plateforme décentralisée de streaming (ainsi que son espace de stockage des contenus décentralisés) est immuable et ne pourrait être fermée par des autorités, dans la mesure où ce qui se retrouve comme contenus sur la plateforme est autorisé par leurs ayant-droits.

5. L’interopérabilité

La possibilité de créer (via une API) des applications connectées à la plateforme permettant à des tiers de construire toutes sortes d’outils intéressants (comme des sites d’analyse de tendances, des systèmes de traçabilité d’écoutes et de flux monétaires, des sites présentant des palmarès ou, encore, des lecteurs de musique aux fonctionnalités novatrices, s’approvisionnant en données et en contenus à la même blockchain de la plateforme, etc.).

En conclusion, si Spotify et les autres plateformes traditionnelles de streaming offrent – en théorie – un meilleur modèle que celui fondé sur l’achat de MP3, il n’en demeure pas moins que ce modèle est encore imparfait, dû à son opacité et au fait qu’il alimente toute une chaine d’intermédiaires (de moins en moins pertinents), raccrochés à l’ancienne industrie triomphante du «Disque» des années 90.

En revanche, le concept de plateforme décentralisée de streaming nécessite une adoption préalable des cryptomonnaies (de l’argent virtuel décentralisé, dont la rareté est la sécurité est garantie par la blockchain). Puisque dans un modèle décentralisé, les artistes devraient recevoir leurs juste part des redevances en cryptomonnaie, tandis que les utilisateurs, eux aussi, devraient payer leur abonnement en cryptomonnaie.

L’adoption de masse de telles technologies peut prendre du temps… Quoiqu’avec la récente alliance entre Mastercard, CISCO et Ethereum, on peut conclure que l’avenir ira assurément vers l’adoption des cryptomonnaies et des technologies fondées sur la blockchain.

De fait, l’enjeu n’est pas de savoir «SI» l’économie basculera de notre système monétaire traditionnel (FIAT) vers les cryptomonnaies ; l’enjeu est plutôt de prédire «QUAND» tout cela se produira.

En terminant, j’ajouterais qu’un des plus grands défis des plateformes décentralisées de streaming sera d’offrir de la musique «connue». Si Napster – cette plateforme décentralisée de téléchargement – a été adoptée par 52 millions d’utilisateurs de 1998 à 2001, c’est parce qu’on y retrouvait toute la musique du monde. Puisque Spotify a payé à grand prix son accès légal aux catalogues du Big Five, fort est à parier que seules les Majors Labels – et leur emprise sur le contenu connu – pourront élire LA plateforme décentralisée de streaming qui gagnera le marché.

Et comme Spotify vient de faire l’acquisition de Mediachain en avril dernier, on peut s’imaginer que le géant du streaming est déjà en train de se révolutionner, pour ne pas perdre cette longue joute de la décentralisation.


Pour votre plaisir personnel, voici une liste des plateformes décentralisées de streaming :

Streaming décentralisé de musique

Et des projets musique intéressants, en dehors du streaming :

Streaming décentralisé de vidéos

Publicités

De retour sur les rails

Chers lecteurs.

Mon dernier article datant de 2015, je vous remercie de me suivre encore ! 🙂

2 bébés plus tard, je reprends ma plume pour vous partager ici mes réflexions sur les grands bouleversements qui touchent la «culture numérique» et la «culture du numérique».

Merci d’être là ! À toute suite avec un article tout chaud, juste pour vous.

Guillaume Déziel

Sauter la clôture

Lorsque les gens d’Infopresse m’ont invité à bloguer, c’était d’abord pour avoir mon point de vue sur l’industrie du disque, de la musique en général. Depuis, entre le moment où j’ai accepté l’invitation d’Infopresse et mon tout premier article, il s’est passé une petite révolution dans ma vie : j’ai choisi de quitter l’industrie du disque.

Je travaille maintenant pour l’Oreille, un studio de création musicale à vocation publicitaire, parmi les Apollo, La Majeure et Boulevard de ce monde. Dans mes nouvelles fonctions, je veille au développement et au rayonnement de cette entreprise qui a maintenant près de 25 ans de vie. J’aurai entre autres mandats d’élargir les services de la maison, tout en les adaptant à la nouvelle réalité de notre industrie.

Si mon ancien milieu me connaissait comme le «gars de marketing» en musique, je porte désormais le chapeau du «gars de musique» dans l’industrie du marketing.

La musique de pub : une passion de longue date

En tant qu’ancien gérant de Misteur Valaire, j’ai eu la chance de débuter un travail passionnant : celui de placer de la musique dans des pubs. Avant même de commencer à accompagner le groupe en 2005, je regardais déjà les pubs à la télé en me disant trop souvent que certaines «musique en canne» mériteraient royalement de se taire, au profit de l’excellente musique d’ici, celle de nos talentueux artistes bien de chez nous.

Puis Misteur Valaire a fait un virage sonore qui leur a ouvert les portes de la «musique à l’image». La sortie de leur album Golden Bombay en 2010 comportait des chansons très synch friendly. C’est grâce à leur son accrocheur que j’ai pu dénicher des centaines d’utilisations de leur musique dans des pubs, des documentaires, des séries, des thématiques d’émissions radios et télés, des films, des vidéos web corpos, alouette… Et disons-le franchement : lorsqu’on a entre les mains un band  de telle sorte, qui compose de la musique tellement catchy, ça devient réellement un jeu d’enfant de prendre sa place dans le monde de la musique à l’image. Et je leur en serai d’ailleurs éternellement reconnaissant pour ça.

Grâce à cette carte de visite, j’ai ainsi eu l’occasion dans les cinq dernières années d’apprendre à mieux connaître le monde du «marcom».

Le blogue d’Infopresse accueille donc gentiment mes mots aujourd’hui. Je vous y ferai part de mes observations sur les meilleurs (et pires…!) «stratégies musique» dans notre merveilleux monde de la pub.

Je vous invite à lire mon tout premier article sur Infopresse : Placement synchro 101.

 

Ça y est, je quitte l’industrie du disque

Ça y est. C’est officiel : après dix années d’accompagnement du groupe électro Misteur Valaire, je quitte l’industrie du disque pour d’autres horizons.

Une histoire de famille

En 2005, lorsque mon petit frère m’a fait écouté son démo de musique électro-jazz qu’il avait enregistré avec ses copains Thomas, Julien, Jonathan et Louis-Pierre, j’ai eu envie de les accompagner au travers de cette industrie… complexe. En cours de route, Cindy et Loïc se sont joints à l’histoire et ont permis, avec l’aide d’employés et stagiaires, de construire graduellement dès 2007 l’ébauche de ce qu’est devenue la maison de musique Mr. Label et le succès du groupe. Entre 2005 et 2010 donc, j’étais présent bénévolement comme « mentor » pour aider le groupe à se structurer en tant qu’auto-producteur. Ce n’est qu’en janvier 2010 que j’ai officiellement tout largué de stable dans ma vie pour me consacrer à temps plein à Misteur Valaire. Puis, en 2011, nous avons fondé à huit Mr. Label et sommes devenus actionnaires à parts égales de cette entreprise détenant la propriété complète des bandes maîtresses et du droit d’auteur de la musique de Misteur Valaire. Jusqu’à tout récemment, nous comptions 11 personnes sur le « payroll », sans compter tous les contractuels externes.

Quand le plafond s’annonce…

Il y a 51 semaines déjà, alors que nous venions tout juste de lancer le 4e opus du groupe intitulé « Bellevue », une grande révolution est arrivée dans ma vie : la naissance de mon premier enfant. Devant cette nouvelle réalité qui m’appelait à demeurer le plus proche possible du bercail, alors que le groupe était en pleine essor à l’international, j’ai dû me rendre à l’évidence que ma nouvelle vie serait plus sédentaire, moins compatible avec les rêves et les attentes nomades des 5 gars de MV. Aussi, je sentais que je plafonnais avec la carrière de MV; que le « grand frère » les avait emmenés là où il le pouvait.

C’est alors que j’ai proposé aux garçons de confier leur gérance à une équipe qui pourrait les mener encore plus loin, voire au bout du monde. Iguana Management est donc entré en jeu le 17 janvier dernier. Cette nouvelle équipe de gérance, avec Franz Schuller en tête, avait toutes les ressources nécessaires pour porter le flambeau de MV avec brio. En parallèle, devant le fait que la musique de MV était plus que jamais populaire auprès des agences de pub, les gars de MV et moi avions convenu que je demeurerais en poste pour représenter leur musique dans le monde de la pub, des médias et du film (travail d’éditeur). Nous avions même envisagé de fonder ensemble une boîte de création de musique de commande pour le milieu de la pub et des médias.

Deux projets finalement incompatibles

Après quelques réflexions, l’idée de développer avec Misteur Valaire un studio de création de musique publicitaire devenait incompatible avec leur envie de parcourir la planète, en tournée, devant leurs dizaines de milliers de fans au coeur battant. En restant en ville, à Montréal, sans que les gars de MV ne soient facilement disponibles pour composer sur mesure, j’aurais été contraint de développer un studio de composition… sans compositeur. Devant cette évidence, je leur ai proposé au printemps dernier de séparer nos chemins. On s’est donné cinq mois pour me permettre de quitter doucement Mr. Label.

Et voilà que hier, notre histoire qui aura durée 10 ans, vient tout juste de se terminer.

Une fin avec MV, un début avec l’Oreille

Ça fait un bon bout de temps que l’industrie du disque ne tourne plus rond. Et comme j’avais besoin de stabilité, j’ai cherché dans les cinq derniers mois un nouveau travail, plus stable et plus proche du bercail. J’ai donc choisi de sauter la clôture et d’aller du côté de l’industrie de la pub où je pourrais mettre à profit mon réseau professionnel, mes liens privilégiés avec les artistes québécois et mes 20 années d’expériences dans le milieu de la musique, de la production et de l’édition musicale.

L’Oreille, donc, sera la nouvelle famille pour laquelle je travaillerai. Ce studio de création musicale pour le monde publicitaire m’accueille aujourd’hui. J’ai plein de beaux projets à développer avec eux. Des projets dont, je l’espère, j’aurai le loisir de partager ici avec vous sous peu.

Au revoir MV !

Et bonne route vers vos aspirations. Vous avez le talent à la hauteur de vos ambitions et l’intelligence nécessaire pour vous développer davantage. Je vous respecte. Je vous aimerai toujours, d’ailleurs.

Guillaume Déziel (alias Gig Bro)

Droits voisins 101

On entends souvent parler des droits voisins (neighbouring rights). Mais qu’est-ce au juste?

En fait, la valeur d’une oeuvre repose sur 3 étapes de production :

  1. Sa composition (l’écriture des paroles et de la musique);
  2. Son interprétation (le caractère avec lequel l’oeuvre est jouée, chantée);
  3. Son son (la qualité de l’enregistrement, la réalisation, le mixage, etc.).

Des sociétés de gestion de droits s’occupent de percevoir les droits liés à l’utilisation de la  «composition» d’une oeuvre et de les reverser à ceux qui l’ont composée.

Notamment, la SOCAN au Canada (ou SACEM en France) s’occupent de percevoir les droits liés à l’exécution publique des oeuvres et de reverser l’argent aux ayant-droits concernés. Par «exécution publique», on entend «jouer ou communiquer en public une oeuvre» : radio; télé; canaux satellites, plateformes web, spectacles, etc.

Il existe aussi des sociétés qui gèrent les droits liés à la reproduction de la composition. La SODRAC et la CMRRA au Canada (la SDRM en France) s’occupent de percevoir les droits liés à la reproduction d’une oeuvre et de reverser l’argent aux auteurs et compositeurs.

Mais, bien évidemment, la valeur d’une oeuvre ne repose pas qu’uniquement sur sa composition. Par exemple, lorsque Luc Plamondon et Richard Cocciante écrivent les paroles et la musique d’une chanson, ça prend souvent Céline Dion pour y donner du caractère. Or, Céline fait partie des interprètes qui, tout comme les musiciens jouant avec elle sur un chanson, donnent un son unique à l’oeuvre écrite et composée.

Enfin, le producteur entre en jeu. C’est lui qui paye pour faire en sorte que l’oeuvre inventée par les auteurs et compositeurs soit immortalisée sur une bande maîtresse (master). Pour y arriver, ça prend un bon studio avec l’équipement adéquat; ça prend un ingénieur son, un réalisateur, un mixeur son et un bon matriçage (mastering). Le producteur donne ainsi le son à l’oeuvre. Aussi, le producteur engage les interprètes nécessaires qui, grâce à leur talent et leur virtuosité, sont essentiels pour donner du caractère à l’oeuvre enregistrée.

Les droits voisins donc, ce sont ceux des producteurs et des artistes-interprètes.

La société au Canada qui perçoit ces droits voisins pour les reverser aux producteurs et artistes-interprètes est Ré:Sonne (nom qui a remplacé celui de la Société canadienne de gestion des droits voisins ou SCGDV). Une fois les revenus perçus par Ré:Sonne auprès des utilisateurs des oeuvres, ceux-ci sont redistribués comme suit :

  • Aux producteurs canadiens par l’entre-mise de la SOPROQ (au Québec) ou de Connect Music (Canada anglais);
  • Aux interprètes chanteurs par l’entre-mise d’Artisti (Québec) ou de la RACS (chanteurs au Canada anglais);
  • Aux interprètes musiciens via l’Artisti.

Or, si les auteurs et compositeurs ont droit à des revenus lorsque leur oeuvre est diffusée à la radio, les producteurs et interprètes ont, eux aussi, droit à leur juste part. Voilà ce à quoi s’affaire Ré:Sonne : négocier avec les utilisateurs de musique des droits générant des revenus pour les artistes-interprètes et les producteurs.

Enfin, à l’heure où la musique se consomme de plus en plus en «streaming» (écoute en continu), une société a vu le jour aux États-Unis : SoundExchange. Celle-ci perçoit auprès des plateformes web (Pandora, Deezer, Spotify, Rdio, etc..), des radios satellites et des canaux de musique par câbles des redevances. Puis, elle les reverse aux artistes-interprètes et producteurs comme suit : 50% des revenus vont aux interprètes, tandis que la balance va aux producteurs des enregistrements sonores :

  • Le 50% qui va aux artistes-interprète est versé à Artisti :
    • Par la suite, Artisti reverse 80 % de la somme au chanteur (featuring artist) ou musicien soliste; 20 % est réparti entre les choristes et musiciens accompagnateurs
    • Dans le cas d’un groupe de musique, par exemple, la partie allant aux artistes-interprètes peut aussi se séparer de manière équitable (tous se déclarent «solistes»).
  • L’autre 50% va au producteur de la bande maîtresse qui conserve cette part. Il est possible pour un producteur de percevoir sa part directement auprès de SoundExchange ou de l’obtenir via la SOPROQ.

Pour plus de renseignements, consultez le site de la Commission du droit d’auteur et le site de Ré:Sonne.

AVIS JURIDIQUE : Cet article ne doit en aucun cas être interprété comme un conseil juridique. Consultez un avocat en propriété intellectuelle pour obtenir des confirmations ou infirmations juridiquement valides quant à mes propos.

Contrat Creative CommonsCet article Droit voisin 101 par Guillaume Déziel est mis à disposition de la collectivité selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-SA (Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported). Toute autorisation au-delà du champ de cette licence peut être obtenue au www.guillaumedeziel.com/contact/.

L’arrivée de Spotify au Canada

L'arrivée de Spotify au CanadaJe vous invite à prendre connaissance de l’excellent dossier préparé par Tanya Lapointe et son équipe.

Ce 15 août dernier, cette journaliste au culturel du Téléjournal 18 h de ICI Radio-Canada a fait le tour de la problématique de l’arrivée du streaming (écoute en continu) dans le paysage culturel canadien.

Sont interviewés dans le cadre de ce reportage : Flaurent Daudens (journaliste, réseaux sociaux, ICI Radio-Canada), Geneviève Côté (nouvellement Chef des affaires du Québec à la SOCAN), Pierre Marchand (Fondateur de Musique Plus, ex-patron du Groupe Archambault et de la plateforme Zik.ca) ainsi que moi-même, Guillaume Déziel (éditeur de musique et ex-gérant de Misteur Valaire).

Voici le reportage vidéo ainsi qu’un complément d’information sur le site de Radio-Canada.

 

Lettre à ma nouvelle ministre de la Culture

Bonjour Madame David,

Je vous souhaite d’abord la bienvenue dans le cadre de votre nouvelle fonction de ministre de la Culture et des Communications, et responsable de Protection de la langue française.

Je vous écris aujourd’hui, Mme David, pour vous faire un petit compte-rendu de la situation; un genre de «reality check», comme disent les chinois. Mon but ici est de vous faire part du travail accompli avant votre arrivée, histoire de nous éviter de tourner davantage en rond, culturellement parlant.

Votre nouvelle collègue Christine St-Pierre, à l’époque ministre de la culture, avait lancé en 2010 un grand chantier de réflexion auprès de 739 personnes. Tout ce beau monde, issu de tous les milieux culturels québécois, ont participé à des comités sectoriels, ateliers et forums portant sur les enjeux du numérique auxquels fait face notre culture depuis Napster. À l’issue de ces rencontres, deux rapports on vu le jour en 2011 : celui de la SODEC en octobre et celui du CALQ en novembre. Ces deux documents totalisaient conjointement 57 recommandations ultra-précises pour enligner des politiques culturelles claires, particulièrement en réponse aux chamboulements du numérique et de la mondialisation culturelle.

À l’époque du gouvernement Charest, ces 57 recommandations n’ont donné lieu à aucune mesure concrète, sans doute faute de temps pour agir; les libéraux se sont fait montrer la porte en septembre 2012.

Maka Kotto a ensuite été assermenté ministre de la Culture. Après 18 mois en devoir, il a déposé une stratégie culturelle à deux jours du déclenchement des élections… Bien qu’elle fut un très beau résumé des 57 recommandations en question, cette stratégie culturelle n’offrait en fait que très peu de solutions concrètes, à part des investissements dans des infrastructures (un classique…) et la création d’un (autre !) éventuel chantier sur le droit d’auteur. À croire que la culture n’était finalement pas plus une priorité pour le gouvernement Marois. À preuve, presque personne n’a parlé de culture durant la récente campagne électorale.

Bref, cela fait quelques années que le milieu culturel s’active pour «brainstormer» sur les enjeux du numérique sur notre culture… Et rien de très concret n’est encore en branle depuis.

Sachant que Philippe Couillard a annoncé cette semaine que votre gouvernement sera celui de l’«économie et du redressement», je ne vous suggérerai évidemment pas ici de bonifier les budgets actuels en culture, comme d’autres vous en supplieront sans doute très bientôt. Non, je vous suggérerai plutôt de faire mieux avec le même argent.

Dans mon article «La Stratégie culturelle numérique de Kotto (pour les nuls)» les neuf grandes directions du plan Kotto y sont résumées. J’en profite de plus pour y suggérer des mesures concrètes et peu coûteuses pour agir rapidement, dont certaines sont résumées ici :

  • Pourquoi ne pas exiger la transparence dans les critères de subvention, afin de nous empêcher de tourner en rond, collectivement?
  • Pourquoi ne pas envoyer nos meilleurs penseurs du numérique en haut du mât, pour nous avertir des Icebergs?
  • Pourquoi ne pas limiter à 7 ans l’exploitation privée des produits culturels subventionnés, avant d’en donner libre accès à nos concitoyens?
  • Pourquoi ne pas provoquer la libération de notre contenu culturel d’ici, celui produit avant 2007 grâce à l’aide de l’État? Pourquoi ne pas rendre ce patrimoine numérique accessible aux québécois sur lafabriqueculturelle.tv, une plate-forme fraîchement subventionnée à même nos fonds publics?
  • Pourquoi ne pas inciter les producteurs de contenus et créateurs à publier leurs œuvres à travers une arrière-boutique nationale, afin d’éviter l’amnésie collective?
  • Pourquoi ne pas arrêter de dépenser sur les infrastructures et investir cet argent sur l’infra-consommateur de culture (ces adultes de demain)?

En lisant votre parcours, je remarque que vous venez du milieu de la psychologie et que vous en connaissez déjà beaucoup sur l’éducation. Il devrait donc être facile de vous sensibiliser quant au fait que notre culture est hautement menacée, puisqu’elle ne se reproduit presque plus… La «première priorité» à envisager, à mon avis, est celle de la valorisation de notre culture à même la perception de nos plus petits. Entre deux joutes de ballon chasseur ou de marelle dans la cour de récréation, nos (potentiels) consommateurs culturels de demain sont déjà à un clic de Justin Bieber, Miley Cyrus ou Lady Gaga; tandis qu’ils s’éloignent à la vitesse grand V des La Bolduc, Félix Leclerc, Gilles VigneaultRichard Desjardins, Philippe B, Ariane Moffat, Émile Proulx-Cloutier ou autres Stéphane Lafleur de notre monde.

On n’a malheureusement plus le temps pour réfléchir des mois durant. Tout a été dit. De mille et une façons. De 739 façons, plus précisément. Il est temps de passer à l’action maintenant.

À vous de jouer Madame la Ministre ! 

Guillaume Déziel,
Stratège en marketing culturel