Musique de MV : 61% choisissent 0$

Voici quelques résultats concernant les ventes de Misteur Valaire (MV).

Après avoir donné plus de 45 000 copies de son album Friterday Night, MV choisissait d’adopter la stratégie «prix libre» pour son album Golden Bombay, comme Radiohead l’avait fait en 2007.

Du 18 mai au 30 mai 2010, Golden Bombay a généré 2 470 téléchargements via sa plate-forme de distribution. 61% ont choisi 0$, alors que 39% ont choisi de payer pour l’album. Les «payeurs» ont octroyé une valeur moyenne de 7,36$ à l’album, proposant des prix allant de 10 cents à 35 dollars canadiens. Lorsqu’on inclut les téléchargeurs ayant choisi 0$, la valeur moyenne accordée à l’album chute à 2,88$. Durant cette période de 13 jours, l’opération a rapporté environ 7 109 $ à MV, soit une moyenne de près de 547$ par jour.

Pendant ce temps, le même album disponible à 9,99$ chez iTune, Zik et autres boutiques de vente en ligne se vendait à 544 copies et rapportait ainsi des ventes totales de 5 435 $. Simultanément, la copie de Golden Bombay en version physique s’est écoulée à 2 552 (ventes Soundscan entre 12,99 $ et 14,99$), générant au bas mot 33 150$ en revenus. Fait intéressant, l’opus était classé 3ième meilleur vendeur au Québec pour sa première semaine de vente, alors qu’il chutait en 10ième position pour la 2ième semaine.

Si 4 061 personnes ont acheté l’album d’une manière ou d’une autre (en numérique sur mv.mu, sur iTune, sur Zik et autres boutiques en ligne, et en physique «chez tous les bons disquaires près de chez vous»), 1505 choisissaient de n’offrir que leur courriel comme monnaie d’échange pour l’opus de MV. Dans ce contexte, on peut déjà conclure que 73% des consommateurs de Golden Bombay choisissaient de payer pour se procurer l’album. En revanche, on peut difficilement conclure que 27% de l’ensemble des consommateurs de l’album (tous formats et prix confondus) ne payent pas pour l’album de MV; ce pourcentage devrait nécessairement être plus élevé si l’on tenait compte des fans qui téléchargent Golden Bombay sur les plate-forme Peer-to-Peer comme LimeWire et autres systèmes de partage (Bit Torrent). La baisse des ventes physique mondiales entre 1998 et 2008 serait de l’ordre de 50 % (selon Jupiterresearch et l’IFPI) alors que, selon Solange Drouin de l’ADISQ, la part de marché mondiale des ventes numériques en 2008 était de 20%. Force est d’admettre qu’il y a une part de 30% qui semble être disparue dans le néant des Peer-to-Peer.

Si on divise les revenus totaux par le nombre de copies (physiques ou numériques) distribuées, on remarque que MV a récolté en moyenne 8,21$ par album; 11,25$ si on écartes les non-payeurs.

En 2 semaines, MV a généré 45 694$ de revenus (avant partage avec ses partenaires, distributeurs, investisseurs et collaborateurs sur Golden Bombay). Le tout grâce à une demande établie de plus de 45 000 fans en date du 18 mai 2010. L’évolution naturelle (stimulée par le bouche à oreille) du nombre de fans de MV est de minimum 1,3% par semaine. La chanson Ave Mucho (Feat. Bran Van 3000) avec James Di Salvio et Liquid tourne à fond sur NRJ et est maintenant en 21e position au Palmarès BDS anglophone (top 100). Dans les prochaines semaines, la rotation radiophonique de cette chanson risquera certainement d’aider à la vente traditionnelle et au téléchargement de l’album via la plate-forme en ligne de MV.

Si vous croyez que les fans de MV sont «Cheaps», prière de lire l’article :
La différence entre une POMME et un MP3

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About Guillaume Déziel

Acteur dans l'industrie québécoise de la musique et fervent défenseur de la musique gratuite comme moteur économique d'une nouvelle industrie mondiale.

10 responses to “Musique de MV : 61% choisissent 0$”

  1. Mathieu Bédard says :

    Intéressant de constater en temps quasi réel les résultats du mix traditionnels et numérique. Reste à voir comment les médias sociaux, entre autres, pourront amplifier la virulence de Ave Mucho et, par le fait même, vous donner accès via toutes les plateformes à une base d’adeptes jusqu’ici inaccessible. Merci de nous tenir informer pour la suite des choses !

  2. Balou says :

    initialement la stratégie de musique libre s’inscrit dans une philosophie émergeante qui a su faire démarquer Misteur Valaire. familierement du genre : hey c’est bon ça écoutes ça. En plus c’est gratuit. À noter que nous sommes bombardés de publicitées constamment. Lis ceci, manges cela, vois, dis, touches et écoutes.
    free music. intéressant comme concept l’hybride punk et 2.0 et m.déziel s’en est fait le champion. beaucoup d’artiste on même envié le succès fou que cela a occasionné. Mais ce n’est pas note fausse de dire champion car la vague 2.0 va dans ce sens. Gouttes … c’est gratuit. On en a beaucoup de bonnes choses comme ça! Cependant il ne faut pas changer de stratégie. C,est le spectacle qui paye vraiment et pas le petit album de carton ni le petit dossier téléchargé. Champion parce qu’il faut bucher en tit pépere et quart pour aller se faire entendre outre mer et faire des spectacles. Chapeau !
    D’un autre côté il y a surement plusieures personnes comme moi qui sont juste oversaturés de tout ce qui nous agrippe. Tu vois je n’ai même pas acheté le premier album ni le deuxieme. A noter ici que je n’ai pas téléchargé le second. question de respect. Est-ce que je devrais me sentir mal? Je n’Achete plus non plus de disques tout court. Non j’en écoute, j’en parle et je vais en voir live. on a porté le flambeau chacun je crois. Surtout moi pour MV, du moins grande-geulément ! Faut juste pas sentir que on pourrait être cheap. Je sais que c’est un milieu plus que difficile mais vous en tirez pas mal votre épingle du jeu.
    C’est des stratégies nouvelles mais vous les faites suivre à grand jeu ouvert. Tout ce qui compte c’est ce que tu fais quotidiennement Guillaume, le réseau, le débat, la promo. Parce que la pomme passe toujours bien quand t’a faim mais t’a juste un estomac.

  3. Hyacinthe says :

    Je ne vais pas revenir sur tout ce qui a été dit d’autant que tes derniers articles tournent tous autour du prix de la musique.
    C’est un sujet assez complexe. Dans la peinture, l’artiste le plus côté actuellement est Picasso. C’est assez particulier car c’est un artiste moderne. Bon c’est clair que si on trouve un Vinci caché, il vaudra plus cher…

    La musique souffre d’un problème bien connu qu’elle partage avec les films, les jeux vidéos mais aussi les livres de poche : elle est vendue sur un support industriel, le CD. De plus en plus, elle est vendue en version numérique et là on commence à déraper. Un Ipod de 160 GO peut contenir 2000 cds mais on y met des mp3­… Des mp3, il peut en contenir 40000. On est dans le n’importe quoi, on perd en qualité et cela n’a qu’une seule raison, elle est technique. La bande passante mondiale est insuffisante. Je ne parle pas des débits qui sont par exemple 10 fois moins rapides au Canada qu’au Japon en moyenne.

    Ensuite, on pourrait introduire une notion de rareté dans le marketing musical et je m’explique : Pearl Jam a effectué une tournée il y a déjà quelques années en enregistrant tous les concerts. Ensuite, des dizaines et des dizaines de version d’un album live ont été produites en mélangeant les différentes chansons mais aussi versions de chansons. Personne n’avait le même album. Les fans en achetaient plusieurs. Tout cela afin de lutter contre piratage. Je trouve le concept trés bon.
    Ensuite, il faut prendre en compte le packaging inexistant du numérique. Un mp3, c’est un fichier informatique et c’est laid. On pourrait penser à s’associer à des artistes afin de créer des jaquettes différentes pour des CD afin d’introduire une rareté, un esprit « collector »… Ce ne sont que des idées en vrac mais bon…
    Le fond du problème, c’est que les gens ne veulent pas payer cher car ils se sentent inconsciemment lésés par l’absence de packaging, de matérialisation du produit mais aussi de perte de qualité du son. Personnellement j’ai un ampli à lampes des années 50 avec lequel j’écoute ma musique. Là aussi pour des raisons économiques mais aussi de fragilité, nous sommes passés à des amplis de puissance à transisor moins cher à produire et plus solides. Mais le meilleur Marrantz ou Pionneer de la Terre ne remplace pas des amplis à lampe, ce qu’il c’est fait de mieux dans le domaine des semi-conducteurs.
    Alors je n’ai pas de solutions miracles : avant les gens n’achetaient pas la musique. Seuls les riches allaient voir des concerts car les disques n’existaient pas. C’est comme pour une toile, il faut aller au musée pour la voir sinon tu te contenteras d’une affiche achetée 10 $ dans un magasin de déco… Mais je pense que l’idée de la rareté dans le produit peut aider.

  4. David Pierrat says :

    Une seule pratique non décrite dans l’article semble fausser un peu la donne. En conversant avec quelques personnes à ce sujet, force est de constater que plusieurs qui ont acheté l’album en magasin, le load dans leur lecteur en le téléchargeant sur le site MV à la place de le faire à partir du CD…

    • Guillaume Déziel says :

      En fait, le mp3 ne comble pas le même besoin que le disque. Le MP3 est à «l’accessibilité et la transportabilité de la musique» ce que le disque est à la possession de l’objet. Pour certains, il est clair qu’il n’ont pas à payer 2 fois pour la même choses.

  5. Louis LB says :

    Bonjour Misteur,

    En complément à un courriel que je t’ai déjà envoyé concernant le téléchargement gratuit après achat d’un CD, je tenais à ajouter quelques réflexions et suggestions.

    D’une part, comme le CD était moins cher que ce à quoi je m’attendais, j’ai décidé d’ajouter un don de 5$ (taxes incluses, donc en fait 4,34$) avec le téléchargement, mais j’ai un peu hésité, car je ne fais pas tellement confiance aux transactions électroniques qui passent par un site Web qui n’est pas géré par une grande institution (c’est-à-dire PayPal, une caisse populaire, une banque ou une compagnie de carte de crédit). Je l’ai fait quand même, car j’y tenais — et parce que je vous fais quand même confiance –, mais je pense qu’il pourrait vous être profitable d’offrir le paiement par PayPal pour les gens méfiants comme moi.

    D’autre part, je suppose que des gens téléchargent les fichiers gratuitement après avoir payé s’ils ne les ont pas d’abord téléchargés dans un délai de 24 heures. Je sais que vous n’avez rien contre en tant que tel, mais il n’empêche que ça doit bien fausser les statistiques. Selon moi, une bonne façon de tenir des statistiques fiables serait d’ajouter un champ, sur la page de paiement, où les gens seraient invités à expliquer leur contexte d’achat. Ce pourrait être un choix de réponses, où le «téléchargeur» pourrait choisir plusieurs réponses, qui pourraient en outre être divisées entre ceux qui paient et ceux qui préfèrent s’abstenir. Voici quelques suggestions: J’aime votre musique et je veux vous encourager à la hauteur de mes moyens; Je ne vous connais pas, mais j’ai entendu parler de vous et je veux me faire une idée; Je ne connais pas assez votre musique et j’attends de voir si j’aime ça avant de payer plus (ou d’acheter le CD); Je n’achète jamais de musique; Comme Misteur Valaire, je considère la divulgation de mon adresse courriel comme un paiement publicitaire; J’ai déjà acheté le CD et je veux l’écouter sur mon lecteur MP3; J’aime votre musique, mais j’hésite à l’acheter; ¡No hablo francés!; I don’t speak French (or Frog)!. Évidemment, les réponses sont infinies, alors un espace «autres commentaires» serait aussi une bonne idée.

    Dernière chose: j’étais déjà abonné à votre liste de diffusion, alors j’espère que je ne recevrai pas vos messages en double?

    Bon, sur ce, je retourne travailler.

    Bonne continuation,

    Louis La Bonté

  6. Martin Bonneau says :

    Je trouve vraiment que la stratégie de MV est intéressante et rafraîchissante, surtout lorsqu’on voit comment les artistes habitués à l’approche plus classique de la carrière musicale s’obstinent à miser sur le disque et à vouloir faire survivre son industrie. Mais je me pose certaines questions par rapport à la tournure que cette stratégie a prise dernièrement.

    D’abord, Friterday Night avait été mis en ligne sur le site de MV bien avant que son incarnation physique ne soit disponible en magasin, alors pourquoi Golden Bombay est déjà sur les tablettes? Et pourquoi la pré-vente et maintenant la vente à prix volontaire plutôt que la gratuité «totale»? Est-ce que c’était simplement pour mieux analyser le comportement des consommateurs en tenant des statistiques comme tu le fais ou pour profiter d’autres sources de revenus en plus des spectacles?

    Je me demandais aussi si tu as une idée des revenus générés par les droits d’auteur que MV touche chaque fois qu’Ave Mucho joue à NRJ. Est-ce que cela représente un montant important pour les membres du groupe ou juste un bonus?

    Aussi, mais c’est peut-être un peu tôt pour répondre, as-tu une idée de ce que représente la vente de la musique du groupe par rapport aux revenus tirés des spectacles? Bien sûr, MV mise d’abord sur ses spectacles, mais je serais curieux de savoir dans quelle proportion ceux-ci permettent aux gars de vivre de leur musique.

    Merci beaucoup,
    Martin

    • Guillaume Déziel says :

      Bonjour Martin,

      Toutes sortes de belles questions que je tenterai de répondre incessamment, au fur et à mesure que les chiffres se manifesteront.

      Entre-temps, je peux déjà répondre que le choix de prévendre l’album était dès le départ motivé par l’envie de trouver de l’aide financière auprès de nos adeptes. Puis, le choix modéré de «donné la musique au prix désiré» plutôt que de la laisser aller complètement gratuitement a été suggéré par un partenaire avec qui nous travaillons. Ce dernier cherchait à trouver le juste milieu entre la gratuité totale et la vente de la musique. Ainsi, en choisissant de marcher dans les pas de Radiohead, MV accédait au meilleur des deux mondes, sans complétement dévaluer la valeur perceptive de la musique dématérialisée. Un compromis qui nous a finalement valu du revenu, sans toutefois brimer ceux qui ne souhaitaient pas sortir leur carte de crédit pour découvrir MV.

      GD

  7. Robin Millette says :

    Bonjour Guillaume,

    J’apprécie _énormément_ la transparence dont vous faites part, toi et MV. Je ne dis pas grand chose ici ou par email ces temps-ci mais je parle de l’expérience (concluante, je dirais 🙂 MV à beaucoup d’amis, dont certains sceptiques au modèle de licence libre.

    Tout à fait par hasard, je suis tombé sur cette vieille nouvelle de 2007 à propos du cas Radiohead. Je le mentionne simplement pour comparer les revenus:
    http://www.radio-canada.ca/radio/techno/commentaires-93831.shtml

    Qui sait, peut-être qu’on se croisera avant le 20 octobre 😉

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