La différence entre une POMME et un MP3?

J’ai reçu des commentaires de plusieurs personnes au sujet de la stratégie de mise en marché de Misteur Valaire. Des commentaires mitigés, entre chien et loup, entre l’espoir et le désespoir. Certains ont qualifié de «cheaps» les fans de MV; d’autres semblaient se résigner : «C’est triste, la vente de la musique n’est plus comme avant, mais c’est la vie… Mais continuez de faire ce que vous faites, on vous aime!»; d’autres se sont excusés d’avoir pris la musique gratuitement sur le site (goldenbombay.mv.mu) en prétextant que «c’est en attendant d’aller en magasin pour acheter la vraie copie». Bref, un sentiment de culpabilité profond généralisé. Justement, les efforts de l’ADISQ et la RIAA ont réussi cet exploit : confiner l’acte de partager la musique au rang des crimes fédéraux et autres comportements répréhensibles. Normal que certains se sentent coupables! Or, comme le disait Cory Doctorow dans l’excellent documentaire «RIP : A Remix Manifesto» de Brett Gaylor, le téléchargement «illégal» de la musique est comme la masturbation : «Tout le monde le fait, personne n’en parle ouvertement, certains l’admettent en privé».

La vraie question pour moi est pourquoi 61% des fans de MV ne perçoivent pas de valeur dans la musique dématérialisée? C’est simple. Revenons à un principe de base en économie : le bien rival versus le bien non rival. Selon Wikipedia, la notion de bien rival désigne un bien dont la consommation par une personne empêche la consommation par d’autres (par exemple une pomme ne peut être mangée qu’une seule fois, généralement par une seule personne). En revanche, le bien non rival est celui qui peut être consommé par plusieurs personnes simultanément, sans entraîner de perte directe du bien (un mp3 peut être téléchargé et écouté par des millions de gens, au même moment). La plupart des biens non rivaux sont immatériels. Quand on vend le bien matériel, on ne l’a plus; on s’en départi. Quand on vend le bien immatériel, on le possède encore. Il n’y a donc pas un échange, mais une duplication du bien. C’est Lawrence Lessig, professeur de droit à l’université Stanford et créateur de l’outil juridique Creative Commons, qui nous a éclairé le premier sur la différence entre le bien rival et le bien non rival.

Or, à la lumière de cette explication, on comprend qu’il est plus facile pour un consommateur de s’empêcher de voler une pomme qu’un mp3; encore faudrait-il se rappeler ce que signifie le mot «voler»! Selon wiki toujours, voler est l’action de «s’approprier le bien d’autrui. Prendre quelque chose à quelqu’un sans son accord». MV vous donne son accord, c’est déjà ça de gagné. Mais s’approprier sans déposséder, est-ce du vol? Pour certains, ce n’est pas aussi clair que de voler une pomme.

Je propose donc qu’on arrête de traiter le fan de MV de «cheap». Pour la simple et bonne raison que ce qu’il prend de MV n’enlève rien à MV. Au contraire. En prenant gratuitement la musique de MV, non seulement le fan ne dépossède pas MV de sa musique, mais il contribue à lui donner de la valeur; le bouche à oreille que le fan provoque dans son propre entourage aide MV à entrer dans la vie  de milliers de personnes (46 833 en date du 5 juin 2010, situées dans plus de 50 pays différents). Bien qu’une perte d’argent (potentielle) ait réellement lieu lorsque le fan choisi 0$, il n’en reste pas moins que la possibilité pour MV de communiquer directement avec ses fans est inestimable. Si l’on évalue aujourd’hui les pertes à 1 505 albums donnés (à 9,99$ chez iTune), on se rend compte qu’il manquerait 15 034,95 $ dans les coffres de MV. Par contre, si l’on tient compte du fait que ces 1 505 personnes auraient peut-être préférées 0$ chez LimeWire à 9,99$ chez iTune, on réalise qu’il est mieux que le «vol» se fasse sur la plate-forme de MV, en échange du courriel du fan.

Devinez combien il en coûte à chaque fois qu’un producteur veut parler à ses consommateurs, par voie publicitaire traditionnelle… Pour parler à 1 505 consommateurs qui consommeront le produit, il en coûtera plus que 15 034,95 $, assurément. Un envoi courriel en coûte 0$ et est un moyen efficace, ciblé, écologique et réutilisable à souhait. MV pourra ainsi inviter ses fans à payer pour consommer un spectacle ou, si ces derniers le préfèrent, tenter de défier les gardiens de sécurités à l’entrée de la salle qui vérifient minutieusement la validité de chacun des billets. Le siège d’un spectateur est un bien (ou service) rival… Quelle joie!

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9 thoughts on “La différence entre une POMME et un MP3?

  1. Personnellement, j’ai téléchargé l’album Friterday Night l’an dernier après avoir entendu parler de sa gratuité dans les médias. J’ai adoré. Il y a quelques mois, j’ai voulu aller l’acheter en magasin mais il était proposé à 22$. C’était un peu trop cher pour un album disponible gratuitement et légalement sur le web.

    Peu après, j’ai appris la venue de Golden Bombay. Dès la journée du lancement, je l’ai téléchargé gratuitement. Je suis allé au lancement officiel à Québec et j’ai alors acheté le CD de Golden Bombay en plus de celui de Friterday Night au prix de 15$ chacuns.

    Il ne faut donc pas oublier qu’une partie des gens qui téléchargent gratuitement les albums de Misteur Valaire vont aussi les acheter en CD plus tard. Le téléchargement permet d’avoir un aperçu complet du contenu.

  2. Des fans, une collection, une segmentation, des options

    Pour ma part, je crois que l’achat de musique se limite aux gens qui ne sont pas « cheaps « . Par exemple, j’ai acheté Goldon Bombay sur ITunes pour deux raisons : à ce moment-là, je ne savais pas qu’il était offert sur le site (avec contribution volontaire) et j’avais vraiment hâte d’entendre le nouveau CD (j’ai acheté la journée de la sortie). Avant, j’avais téléchargé Friterday Night gratuitement, puis assisté à trois spectacles en 2008 et 2009. Et chaque personne qui a commenté certaines des tounes de MV quand je joue les apprentis DJ chez moi (« c’est bon ça c’est quoi? »), je me fais un plaisir de leur mentionner qu’on peut télécharger l’album gratuitement sur le site du groupe (ça fait paraître MV cool de le faire, et moi cool de le savoir).

    Mais je suis présentement une fan insatisfaite. Parce que j’aime acheter des CD et les ranger dans ma bibliothèque. Je suis une collectionneuse. Même si c’est un projet que j’aime, j’y accorde peu de temps. Résultat : je ne possède aucun CD de MV.

    Tout ça pour dire, il n’y a pas qu’un seul fan de MV mais plusieurs types de fans. C’est bien les adresses courriel, mais je crois à une vraie base de données pour développer une bonne stratégie marketing. L’industrie musicale est à la croisée des chemins, et pendant longtemps, les gestionnaires ont tenu pour acquis qu’il n’y avait qu’un type de fans, celui qui achète des albums dans un magasin physique. Maintenant il y a celui qui aime écouter avant de payer, voir un spectacle avant d’acheter, garnir sa bibliothèque et la regarder le soir avant de se coucher (non ici je ne parle plus de moi…).

    Bref, j’attends des options, des vrais. J’achète sur ITunes ou je télécharge sur le site d’un groupe et on m’offre automatiquement de m’envoyer une version tangible de l’album, je vais à un spectacle et on m’envoie gratuitement deux ou trois chansons par courriel, etc. Tout ça pour combler tous les types de consommateurs de musique.
    (Et btw, oui, les forfaits de lancement de MV pour Golden Bombay étaient, selon moi, un excellent exemple d’options.)

  3. j’aime bien lire vos analyses sur la chose M. Déziel. Moi je pense q c’est de la lingerie pour femme que je vais faire imprimer ma face dessus!!!!!!!!!!!! ah que j’ai donc hâte d’en vendre..!!! j’ai vraiment le cerveau qui chauffe cet p.m. j’arrête pas de déconner je me marre…
    Bon un peu plus sérieusement.
    Personnellement, Je suis la première heureuse de me débarrasser de la ‘ttite boîte en plastic qui pète tout l’temps pis des CD physiques faites en pétrole qui s’empilent et qui prennent ben des tablettes IKEA. N’empêche q ça me fera toujours plaisir de payer pour l’art et j’en suis fière. No money no candy. Vive les ipod plein de virtuel. O moins si certains veulent zapper la musique sans payer parce que c’est trop facile, ben donnez quelques chose à l’artiste, je sais pas moi, apportez lui une …pomme! «’;’»

  4. au contraire, parlons-nous dans le casque: on est cheap ou le public-cible est pauvre?

    Si le fait de télécharger me permet de me payer un billet pour le show mais que mon budget me permet pas de faire les 2: MV est gagnant. Ca vieilli bien un fan content, c fidel!!

    Donc soyez tenaces 😉

  5. En mars 2003, dans mon essai « Musique – Une industrie à la dérive », ma conclusion se lisait comme suit:

    « Respectons le droit des créateurs de disposer de leurs oeuvres comme ils l’entendent. »

    J’ai toujours la même opinion, sept ans plus tard, même si mes propres revenus sont affectés par les choix que font, de plus en plus souvent, les artistes et créateurs. (Je suis disquaire indépendant, le dernier survivant à Sherbrooke).

    Bravo si les artistes y trouvent leur compte, mais c’est certain que je m’attriste de voir disparaître, un à un, les disquaires indépendants. Puisque ça concerne ma propre survie, j’ai le droit d’être un peu égoiste de penser à moi un peu !

    J’admets que je corrigerais aujourd’hui le titre de mon essai: L’industrie ne la musique n’est pas à la dérive. L’industrie du DISQUE est à la dérive !

    Je note aussi qu’autrefois une majorité d’amateurs de musique crachait sur les « majors » qui controlaient 80% du marché de la musique, et ces amateurs utilisaient cette haine envers les grands distributeurs et les compagnies de disques pour justifier le téléchagement illégal des chansons produites par ces grandes compagnies. Aujourd’hui c’est APPLE qui contrôle À ELLE SEULE 80% du marché de la musique numérique. Où sont les amateurs de musique qui vouent une haine envers les monopoles / oligopoles qui ne donnent que quelques sous par chanson aux artistes et créateurs ??

  6. je decouvre mv ce soir (grace au numero 1 a nrj hier) et jaurais bien voulu donner un beau 7$ pour le telecharger, mais pas de paypal,pas de sous..

    je nai pas de carte de credit seulement un compte paypal, alors je me suis retenue de le telecharger a 0$ et a la place je vais lecouter en ligne sur le site a chaque fois jusqua temps que paypal soit offert a cause de tous les commentaires que je viens de lire.Du coup jaugmente lachalandage du site a chaque fois

    par contre, mon premier reflexe en ecoutant quelque tack de lalbum etait denvoier un email a mon chum de wakeboard pour lui partager le site de mv que je viens de decouvrir pour lui faire entendre comment ca sonnerait bien dans un film de wakeboard quebecois. donc, a quelque part, lui sil fait jouer ca dans son bateau cet ete grace a moi et que 15 personnes durant lete lui demande c quoi qui joue, et que 2 personnes se procure lalbum je me retrouve vendeur,mais sans commissions.. dans mon livre a moi cest un peu du vol de competence,tout comme le telechargement illegal

    donc,moi je propose une nouvelle metode: album a 10$ partout,email obligatoire, et chaque nouvelle personne qui telecharge pourrait entrer le courriel de la personne qui a referé(comme les ventes dans votre style de music evolue surtout en bouche a oreille)ce qui donnerait,au referant, disons je sais pas moi des points mv ou what ever, echangeable en credit dachat de billet de show, de tshirt ou dachat du prochain album surtout!!ou mieu des credits dachat dun autre album dun membre du reseau(meme etiquette ou producteur ou distributeur..)

    les 2 personnes que je refere aurraient egalement des points exemple 2 points pour le referant 1 pour pour le refere, donc il payerait 9$ au lieu de 10$ pour son telechargement et aurait lui aussi interet a vendre lidee au autre de se procurer lalbum

    en resume les fans fini du debut eu paye le 10$ avec joie,rapporte quelques points,mais cest vraiment au deuxieme niveau que la vente se joue
    le niveau 2 a payé 9$ et sil est referant pour un autre rapporte 2 point comme referant…ca reviens presque comme sil avait payé lalbum 7$

    le troisieme referé repart au 2 ieme niveau.. paye 9$ comme referé et a lopportunité de rapporter 2 points sil est referant pour quelqu,un
    estimation de la valeur moyenne par album +- 5a9$ une fois les points utilisé au deuxieme album qui peut lui, se vendre 12$ si la popularité le permet, ensuite accorder les points sur spectacle plutot que sur lalbum(histoire de faire deplacer encore plus de fan fini

    repeter le systeme au besoin
    …et non c pas pyramidal car le premier recoit rien en retour de la vente au deuxieme niveau
    ca peut avoir lair decousu comme ca, jsuis fatigé, mais
    dans ma tete ca marche c,est ce qui compte
    longue vie

    1. Excellente suggestion. Je vous laisse le soin de trouver un bénévole pour coder la machine et on embarque!
      🙂

      Pour le Paypal de MV, c’est par ici : http://paypal.mv.mu
      On devrait ajouter la fonctionnalité Paypal sous peu.

      Merci pour vos commentaires!
      GD

  7. Exemple simple: J’ai téléchargé les deux albums de MV gratuitement, après avoir découvert MV dernièrement dans le Magazine Nightlife… J’écoutait MV quand ma mère m’a téléphoné et elle m’a demandé c’était quoi, je lui ai donné un lien YouTube pour qu’elle écoute et elle a adoré… Elle est tellement dummies en informatique et un peu « anti-download » (meme si dans ce cas ci c’Est légal), qu’elle a été acheter les 2albums direct au magasin… Donc, mes 2 downloads gratis rapporte du coup deux ventes et deux tickets de spectacle, puisqu’elle viendra avec moi au Métropolis…

    PS: J’aime le concept marketing des biens rivaux VS non-rivaux, je ne connaissait pas ce concept… Ça s’applique même maintenant a la photographie, plusieurs n’imprime même plus leurs photographie…

    P.

  8. Toujours aussi intéressants tes articles. Je les lis quand j’ai un peu de temps libre au travail. La comparaison avec la pomme est excellente et vulgarise parfaitement la manière dont je perçois les choses. Ce qui est génial de Misteur Valaire c’est le désir d’embrasser les changements qui surviennent dans l’industrie de la musique au lieu de s’y opposer. L’adaptation est une des plus belles qualités, dans la vie personnelle et encore plus en affaires!

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