SOPA / PIPA 101

Voici un vidéo qui décrit bien toute la menace que représente le projet de loi américain Protect Intellectual Property Act (PIPA / SOPA). Principalement, ce projet se résume à «Se servir du droit d’auteur d’une minorité pour obtenir droit de contrôler, de censurer la liberté d’expression d’une très grande majorité».

Si les Major Labels et les gros conglomérats de médias plaident la violation au droit d’auteur pour justifier l’interruption de l’accès à un site Internet, ou la coupure de toute source de financement à un site, le gouvernement américain et les lobbys des empires médiatiques (qui exercent pression sur lui) pourront, une fois une telle loi passée, censurer Internet à souhait, comme c’est le cas en Chine.

Pendant que les Majors labels réclament de telles mesures draconiennes pour «sauver» l’exploitation de leur droit d’auteur (ou plutôt, celui des artistes établis qu’ils représentent, en fait), les artistes de la relève flirtent avec la gratuité, le partage et la copie sur des sites comme Bandcamp.

On assiste donc à un conflit générationnel. Le bon vieux Copyright des Major Labels d’un côté; des millions de jeunes artistes sous licence Creative Commons de l’autre.

Historiquement, le passé a toujours tenté de contrôler le futur. Cependant, la nouvelle manière de créer la Culture, à l’ère 2.0, donne tout le contrôle au créateur. Voilà la révolution dans laquelle nous nous trouvons.

La SACEM tend la main à Creative Commons

Le 1er janvier 2012, la SACEM a signé un accord avec Creative Commons s’engageant ainsi à gérer les œuvre sous licence Creative Commons ne permettant pas d’utilisation commerciale. En d’autres termes, il est maintenant possible pour un artiste membre de la SACEM de laisser «monsieur-madame tout le monde» copier, partager et modifier son œuvre à souhait, en autant que cela soit par pur plaisir, sans possibilité d’en tirer un profit commercial.

L’accord constitue un projet pilote d’une durée de 18 mois. Ceci est le 4ième projet pilote du genre, après ceux entre Creative Commons et la BUMA/STEMRA (Pays-Bas), la KODA (Danemark) et la STIM (Suède).

Le symbole connu © (pour Copyright) apposé sur une œuvre indique que tous les droits relatifs à l’œuvre sont réservés exclusivement à son créateur. Sans permission préalable, la copie d’une œuvre ©, son partage à un ami ou son remix constitue une violation aux droits de son auteur. Le droit d’auteur est en quelques sortes un ©adena sur l’œuvre censé la protéger. En France donc, c’est la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique) qui gère le droit d’auteur de ses membres.

Or, depuis déjà quelques temps, on observe une tendance lourde chez les créateurs à vouloir «délivrer» leurs créations des restrictions du droit d’auteur; Dans un article que j’ai publié récemment sur le blogue Bang Bang, je révèle que 74% des artistes québécois recensés sur Bandcamp.com flirtent avec la gratuité, tandis que près de 39% proposent leur musique sous une licence Creative Commons.

Creative Commons?

Le Creative Commons n’est pas une société de gestion de droit. C’est un outil gratuit offert aux créateurs, leur permettant d’indiquer facilement et clairement à «monsieur-madame tout le monde» ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire avec l’œuvre en question. J’en parle en détail dans l’article «Creative Commons 101».

Déjà depuis 1986, on retrouve le code source libre (ou Open Source) dans le domaine de l’informatique. Ce mouvement maintenant fort répandu est fondé sur l’idée que la mise en commun du pouvoir créatif de programmation de logiciels permet une avancée technologique plus rapide, sans avoir constamment à réinventer la roue. Bref, en informatique, on reconnaît déjà depuis 25 ans que la création pure n’existe pas; qu’on s’inspire toujours d’autres créations pour créer une nouvelle application; qu’on ne commence jamais rien à partir de rien.

En culture, en peinture, en littérature, en danse ou en musique, c’est aussi le même principe. La création pure n’existe pas. On s’inspire nécessairement des créations précédantes pour créer du neuf. Par exemple, on compose des millions de chansons avec les mêmes 7 notes, les mêmes 12 demis-tons. Normale que ça finisse par se ressembler! Les 43 dernières secondes de la chanson Ni**as In Paris de Jay-Z & Kanye West (sur l’album Watch the Throne, paru en 2011) ressemblent étrangement au début de la chanson SP 4Lovers de Misteur Valaire (sur l’album Friterday Night, paru en 2007). Et alors? Rien…

La culture, c’est comme l’air ambiant. Ça appartient à tout le monde et à personne à la fois. On survit en respirant… parfois les mêmes molécules d’air que nos pairs. Rien ne se perd, rien ne se crée, comme dirait l’autre.

Cette philosophie fondée sur le libre partage, la libre circulation et la libre modification de la création a inspiré Misteur Valaire en 2006; le groupe de musique rendait alors ses œuvres disponibles à tout le monde pour des fins non-commerciales.

À quand un accord Creative Commons – SOCAN?

Bravo à la SACEM! Est-ce à en croire que la SOCAN emboîtera sous peu le pas au Canada? Il le faudrait bien… Puisqu’en étant à la fois membre de la SOCAN et ayant opté en 2006 pour la licence Creative Commons (BY-NC-SA), Misteur Valaire est aujourd’hui «en conflit» à en croire le site de la SOCAN.

Le monde change. Certains s’adaptent, heureusement.

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Contrat Creative CommonsCet article La SACEM tend la main à Creative Commons par Guillaume Déziel est mis à disposition de la collectivité selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-SA (Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported). Toute autorisation au-delà du champ de cette licence peut être obtenue au www.guillaumedeziel.com/contact/.

Un nouveau vidéoclip pour Misteur Valaire

Réalisé par l’excellent Benjamin Lussier et produit par Louve Media, le vidéoclip Dan Dan de Misteur Valaire vient de voir le jour. En moins de 24 heures seulement, déjà près de 2 500 personnes on visionné le clip qui s’est baladé naturellement sur les les réseaux sociaux.

Sacré Buzz Clip à Musique Plus et encensé par Nicolas Tittley, chroniqueur à Planète Clip, l’œuvre sera soumise en candidature aux Junos et au Gala de l’ADISQ, en 2012.

Nouvelle chronique dans le Bang Bang

Le blogue Bang Bang vient tout récemment d’accueillir Guillaume Déziel comme chroniqueur. Invité à chroniquer sur différents sujets, l’axe principale ciblera des enjeux qui touchent l’Internet et la musique. À ce jour, déjà 2 articles ont été publiés :

  1. Lettre à Louis-José Houde (ou Revente de billets 101)
  2. La culture se contrôle-t-elle?

Bonne lecture!

Le premier Félix pour… un album gratuit!

Le 24 octobre dernier, Misteur Valaire remportait le Félix de l’Album de l’année – Musique électronique à l’Autre Gala de l’ADISQ. Fait coquasse à noter : c’était le premier Félix décerné à un album qui est disponible en téléchargement au prix désiré («Pay What You Want»).

À titre informatif, l’album de Golden Bombay seulement a trouvé à ce jour 25 270 preneurs dans 58 pays différents. 7 770 l’ont préféré en format physique, 2 722 en format numérique (via les boutiques de vente en ligne, tels que iTune) et 14 778 se sont procurés leur copie téléchargeable via la plateforme «Pay What You Want» de Misteur Valaire (au www.mv.mu).

Sur cette dernière plateforme, nous avons pu remarquer qu’approximativement 25% des fans-téléchargeurs ont choisi de payer en moyenne 6,70$ pour Golden Bombay. En revanche, près de 75% des gens on choisi de ne pas payer pour l’album.

On remarque que le montant moyen payé par téléchargement était plus élevé dans les semaines suivant le lancement de l’album, en mai 2010.

On remarque aussi que le prix payé en moyenne par les Français de France est de 5,91$ (3,78€), soit 13,3% de moins que ce que paye les Canadiens. Remarquez, les Canadiens sont habitués de laisser du pourboire! :)

Au total, si on prend l’ensemble des revenus récoltés divisés par le nombre de téléchargements en mode «Pay What You Want», nous arrivons à une moyenne de 1,71$ par téléchargement. Plus précisément : cette moyenne est de 1,91$ au Canada et de 0,87$ (0,62€) en France.

Dans tous les cas, les fans-téléchargeurs ont laissé leur adresse courriel pour recevoir leur lien de téléchargement de l’album. Bien que le nombre total des téléchargeurs de l’ensemble des albums de Misteur Valaire soit estimé à près de 60 000 personnes situées dans 58 pays différents, la liste d’envoi de Misteur Valaire compte plus de 31 500 destinataires actifs, dont 67% sont situés au Canada, 24% en France, 2% en Allemagne et 7% situés dans le reste du monde.

À l’heure actuelle, Misteur Valaire a fait plus de 300 concerts, dont 64 en France et 20 en Allemagne.

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Revente de billets : Napster 2.0

Voici une autre histoire qui se répète. Naspter «All Over». Après le disque… le billet!

Napster All Over. Plus ça change, plus c’est pareil. L’idée de vouloir «contrôler le Web» plutôt que de «travailler avec le Web» revient au feuilleton, comme un bon vieux reflux gastrique bien suri qui nous remonte en pleine gorge.

Il y a déjà plus de 10 ans, lorsque Napster est arrivé dans le décor de l’industrie de la musique, le réflexe des Associations de producteurs de disques (ADISQ, RIAA, CRIA) a été de faire fermer ce nouveau type d’offre de musique. Pire encore, du côté du Québec, nos producteurs d’albums ont volontairement choisi de ne pas rendre leurs musiques disponibles sur des boutiques de vente en ligne. En 1998, Eworldmusic.com voyait le jour; elle fermait ses portes en 2003, faute de pouvoir offrir les grands artistes d’ici et d’atteindre la rentabilité.

Or, cette attitude de notre industrie a laissé sur le Web un trou béant, une absence troublante d’offre de musique numérique québécoise. Les boutiques en ligne du Québec (Zik.ca, Puretracks, Bluetracks, etc…) n’offraient à cette époque que très peu de contenus suscitant l’attention des masses.

Par la suite, iTune Music Store est arrivé au Québec (en 2004, si ma mémoire est bonne) avec une offre de contenus provenant presque exclusivement des Majors. Résultat : l’offre légale en ligne au Québec proposait uniquement  des chansons «blocbusters» américaines, anglaises et françaises (de France). Puis, comme la nature a horreur du vide, nos producteurs d’ici se sont «déniaisés» et on finalement décidé de rendre leurs contenus québécois disponibles en ligne, là où le trafic Web se trouvait désormais : sur iTunes Music Store! C’est bien tout ça… mais reste que, faute d’avoir embrassé le Web à temps, faute d’avoir choisi de travailler avec nos boutiques de ventes en ligne d’ici : 1) Ces dernières n’ont jamais pu «lever» puisque, sans contenus intéressants et complets, elles ont vu leur propre trafic les déserter au profit d’iTunes; 2) Une part de 20 à 30% des revenus de vente de notre contenu d’ici se retrouve depuis à Sillicon Valley, en Californie. Bravo les amis…

En quoi l’histoire se répète?

La loi 25 sur la revente de billets vient d’être adoptée.

Même principe. Napster All Over. Plus ça change, plus c’est pareil. L’idée de vouloir «contrôler le Web» plutôt que de «travailler avec le Web» revient au feuilleton, comme un bon vieux reflux gastrique bien suri qui nous remonte en pleine gorge.

L’initiative de l’ADISQ et du Ministre Jean-Marc Fournier est bien louable… quoique un peu naïve, voire populiste. Surtout, elle relate à quel point nos nouveaux superhéros-sauveurs-de-la-pauvre-population-sans-défense sont déconnectés de la réalité du Web. D’abord, et j’en ai longuement parlé dans l’article «Légifération de la revente de billets : un plaster sur le bobo?», à la place d’une loi pour contrôler l’incontrôlable, nous aurions plutôt besoin de débloquer des prêts et bourses!! Et pourquoi donc? Pour renvoyer nos billetteries sur les bancs d’écoles et apprendre à mieux utiliser le Web afin de reléguer les revendeurs en 2ième page des résultats de recherche sur Google. Ensuite, j’en ai aussi aisément fait mention dans l’article «30 millions $ pour un service médiocre…» : l’ADISQ doit s’attaquer à l’immense problème du quasi-monopole du très gourmand TicketMaster au Québec.

Fermer Napster n’a rien changé; plus que jamais la musique transige de personne à personne. En 2009, l’IFPI annonçait que 95% de la musique numérique consommée sur la planète aurait été d’origine illégale. Même en ordonnant à la plus grande discothèque mondiale de musique de fermer son serveur, nous n’avons pas pu empêché les autres P2P et Torrents de venir au monde; en fermer un, c’est créer une place pour 100 autres. La nature a horreur du vide, dois-je le répéter.

Or, en empêchant nos «revendeurs» de billets officiels d’ici d’opérer, ceux qui créent de l’emploi, qui perçoivent des taxes, qui payent des impôts et assurent un service de qualité, on envoie nos consommateurs directement vers un marché noir sans foi ni loi, abandonnés aux aléas de l’offre et de la demande la plus sauvage. Pire, on laisse toute la place aux Russes et aux Chinois pour agir, intouchables. Désolé, mais l’Office de la protection du consommateur du Québec (qui, avant la naissance du projet de loi 25, n’avait reçu de plainte d’aucun consommateur concernant la revente de billets…) n’a pas les moyens de poursuivre en justice internationale tous les revendeurs de la planète à qui on ouvre la porte de notre marché (désormais noir) de la revente de billets à profit.

À défaut de vouloir se servir de la force du Web, l’ADISQ tente de contrôler le Web. À défaut de vouloir régler le problème à sa source, l’ADISQ choisit de mettre un beau ti-plaster sur le bobo, bien mis en valeur au Gala de l’ADISQ, pour donner l’impression au peuple qu’on «s’occupe des vraies affaires». Plutôt que de faire face aux vrais problèmes, on se paye une belle mascarade démagogique.

L’avenir démontrera bien que cette loi, populiste et naïve, sera inapplicable et que, entre-temps, à défaut de s’attaquer aux vraies affaires, notre business de la vente et de la revente de billets s’enfuira de plus en plus vers l’étranger… comme on a laissé près de 30% de nos revenus de vente en ligne partir vers les États-Unis.

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30 millions $ pour un service médiocre…

13 septembre 2011 9 commentaires

Récemment, on pouvait lire dans le magazine Le Mensuel de l’ADISQ un article indiquant que le Ministre de la Justice Jean-Marc Fournier avait déposé un projet de loi pour interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. À mon avis, ce n’est pas que la revente de billets qui est un problème pour l’économie du spectacle québécois. Le problème est bien plus complexe que ça. Je m’explique.

Je peux comprendre que l’ADISQ fasse présentement des pressions auprès du Ministre Fournier afin d’interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. Ça m’horripile de savoir que d’autres peuvent faire de l’argent sur le dos des consommateurs et des créateurs / producteurs. Mais ce qui m’horripile le plus, c’est de savoir que les billetteries officielles font d’ É N O R M E S profits sur le dos de notre culture, de nos spectacles et ce, au détriment des artistes, des producteurs et des consommateurs. Personnellement, je trouve ODIEUX que des jeunes de 18 à 34 ans aient à payer leur billet 4,80$ de plus (+15,48%), surtout lorsque les billetteries prennent cette argent et offrent un service médiocre en retour. J’en parle en profondeur dans cet article : Légifération de la revente de billets : un plaster sur le bobo?

Est-ce normal que les quasi-monopolistiques billetteries du Québec aient droit à 15% des 202 M $ de recettes de nos spectacles en 2010 (seulement dans les secteur de la musique, de la chanson et des variétés – voir source)? Je sors ma calculette et je remarque que ça fait plus de 30 millions de dollars de moins dans le poches des spectateurs-artistes-producteurs. Intense… Et après, on s’attaque aux revendeurs. Selon un communiqué envoyé par 2 revendeurs québécois la semaine dernière, ces derniers n’auraient pas fait plus de 900 000$ en chiffre d’affaires lié à la revente de billet de spectacles québécois en musique, en chanson et en variétés. Malgré ce faible revenu (moins de 1% de notre chiffre d’affaires spectacle au Québec) et contrairement aux billetteries officielles, certains revendeurs offrent la possibilité de rembourser leurs acheteurs qui en font la demande, dans un délais raisonnable.

Comprenons-nous bien : je n’essaye pas ici de défendre les cyber-scalpers… Je prétends qu’il y a plus qu’une simple réflexion sur la revente des billets; on doit se pencher sur l’ensemble de la vente de billets au Québec, toutes formes confondues. L’ADISQ doit s’attaquer à un problème beaucoup plus grand que celui du scalping.

Si l’ADISQ exhorte aujourd’hui le Ministre de la Justice à agir pour empêcher les cyber-scalpers de faire leur travail, je souhaite ici que la Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Mme Christine St-Pierre, encadre le secteur de la vente de billets au Québec afin de rendre nos billetteries moins gourmandes, plus efficaces, moins exclusives aux salles et plus transparentes avec l’information récoltée sur les acheteurs.

Utopie? Pas plus que de rédiger une loi pour pallier à l’incompétence de nos billetteries officielles.

Légifération de la revente de billets : un plaster sur le bobo?

Récemment, on pouvait lire dans le magazine Le Mensuel de l’ADISQ un article indiquant que le Ministre de la Justice Jean-Marc Fournier a déposé un projet de loi pour interdire les abus en matière de revente de billets de spectacles. Bien que cette démarche soit pleine de bonnes intentions, permettez-moi de la remettre en question.

«Comprenons-nous bien : je n’essaye pas ici de défendre les cyber-scalpers… Je prétends qu’une telle loi ne réglerait pas le problème de l’incompétence Web de nos billetteries officielles, serait inapplicable et n’aurait pour effet que d’envoyer les acheteurs sur des sites de revente de billets situés ailleurs sur la planète.»

En avril dernier, lors des récentes Rencontres de l’industrie organisées par l’ADISQ (dont je salue les remarquables efforts pour rendre l’événement plus «interactif»), nous avons pu assister à un panel intitulé Les «scalpers» de la Toile, animé par Valérie Lesage, journaliste pour Le Soleil, où siégeait Claude Larivée (Président de l’ADISQ et Président de La Compagnie Larivée Cabot Champagne), Lucie Rozon (Directrice générale et productrice exécutive, Les Productions Juste pour rire II) et Heidy Vaquerano (avocate chez LaPolt Law, P.C.).

Vraisemblablement, personne n’avait songé à inviter quelqu’un des cyber-scalpers de ce monde québécois. Comme si le débat n’avait pas à se faire en pleine connaissance de cause avec l’ensemble des acteurs concernés, en faisant le tour de la problématique. D’ailleurs, malgré cette omission, après plusieurs minutes de discussions «consensuelles» entre les différents panélistes, Éric Bussières (Président de Billets.ca) s’est invité au micro pour s’adresser à l’audience afin d’expliquer son travail; un travail nécessitant à tout prix de «sortir le premier sur Google et autres moteurs de recherche». À l’époque où le Web est plus présent que jamais, le référencement de l’information sur les concerts pour offrir des réponses aux questions des internautes est le nerf de la guerre. Peu importe le point de vue de Bussières ici, le «débat» était déjà clos; l’ADISQ avait déjà rédigé un communiqué qui a été envoyé aux médias dans les minutes suivantes.

Pendant ce temps, nos billetteries officielles en ligne traînent négligemment de la patte côté  SEO («Search Engine Optimisation» ou «Optimisation pour moteurs de recherche»). Afin de vous permettre de remarquer le genre de performances d’une de nos plus grandes billetteries traditionnelles, j’ai entré «billet u2 montreal» dans mon moteur de recherche préféré. Ceux qui font leur travail d’indexation des noms d’événements, d’artistes, de diffuseurs, des salles, etc… récoltent le fruit de leur travail; cela se traduit par une meilleure position dans les résultats de recherche. Ce n’est donc pas surprenant de voir les cyber-scalpers sortir en premier dans les résultats de recherche. Dormir au gaz sur le Web n’est pas payant à l’époque 2.0 de la musique. Que les gros joueurs se le tiennent pour dit; en tout cas, les petits l’ont compris.

Pour en revenir à ce panel sur les Scalpers de la toile, j’avais beau me concentrer très très fort pour compatir avec les panélistes qui se plaignaient des méchants scalpers devant moi, je percevais néanmoins une toute autre facette à leur problématique : devant moi se trouvaient de gens victimes de leur propre incompétence, de leur négligence et de leur inaction sur le Web, pendant de trop longues années.

Billetteries : Arrêtez de dormir au gaz!

Je ne suis pas un wizkid du SEO, mais j’ai cherché «SEO Google 101» sur Google et je suis vite tombé sur cette page et y ai téléchargé ce document. Des conseils aussi simples que ajouter des mots-clefs pertinents dans le lien (l’url) ou créer une page avec un lien permanent affichant du contenu pertinent pour pour chaque événement y sont indiqués. Or, on revient à mon exemple de recherche «billet u2 montreal» dans Google offre les résultats suivants :

Si on clique sur le quatrième résultat qui concerne le vendeur officiel (evenko.ca), le lien nous mène d’abord vers http://www.evenko.ca/fr/buytickets/event/4480/fr, qui lui, redirige le trafic vers http://www.evenko.ca/html/tickets/u2/index.html, où il faut cliquer sur le bouton «Billets» pour accéder à une page qui porte l’adresse https://wroom.centrebell.ca/eventShopper.html?lang=fr&preFill=1&wr=96d1a1e7-30b4-4bae-83f3-e6dfad36a3d2 qui elle, vous dit de commencer en appuyant sur le bouton «OK». Bref, si on se fie au petit cours de SEO 101 cité plus haut, la majeure partie des pages offertes dans ce méandre tergiversant ne comportaient ni de «U2» dans le titre de la page, ni de mention du mot-clé «U2» dans l’url. En revanche, ce qui sort en premier dans les résultats de recherche, c’est : http://www.billets.ca/concerts/u2/. Le nom du groupe recherché est imbriqué à même l’url (l’adresse de la page), ce qui est une des premières choses à ne pas négliger pour optimiser un résultat possible dans une recherche.

Pire encore… Prenons un exemple particulièrement éloquent. Au moment où j’ai débuté l’écriture de cet article (le 10 juillet 2011), une supplémentaire du spectacle de Misteur Valaire venait d’être ajoutée à un système de billetterie exclusif au Métropolis de Montréal. En plus, à ce moment, le groupe n’était toujours pas sorti en communication à ce sujet; le tout devait être annoncé dans les heures à venir. Or, en cherchant «billet misteur valaire» dans les moteurs de recherche, j’ai trouvé ceci comme résultats :

Remarquez que le premier résultat de recherche (billets.ca/concerts/misteur-valaire/) nous mène tout droit vers une page qui présente l’ensemble des dates à venir de l’artiste, dont celle du Métropolis du 10 décembre prochain (que j’ai d’ailleurs eu peine à trouver sur le site du vendeur officiel aujourd’hui…). Pour arriver à sortir les premiers, les cyber-scalpers doivent inévitablement payer du staff qui sonde sans cesse l’actualité des artistes et les nouveaux événements créés chez les billetteries officielles. Sans compter qu’ils ont aussi fait leur travail de SEO en «sqwattant» la notoriété de Bran Van 3000, La Patère Rose et autres mots-clefs qui résonnent dans la tête des gens.

Ironiquement, Lucie Rozon (Juste pour rire) affirmait durant le panel mettre plusieurs centaines de milliers de dollars (800 000$, si ma mémoire est bonne) sur la promotion d’un de ses plus gros humoristes. Or, si seulement 1% de son budget promo avait été investi sur le SEO de son artiste, Billets.ca et 514-Billets.com se seraient retrouvés vite fait aux oubliettes, voire relégués en 2ième page des résultats de recherches…

Ventes mondiales de musique enregistrée toujours en baisse…

Selon le rapport intitulé «Recording Industry In Numbers 2011» de la Fédération internationale de l’industrie du disque (IFPI), les ventes mondiales de musique enregistrée ont chuté de 8,4 % durant la dernière année, totalisant 15,9 milliards USD en 2010. Toujours selon l’IFPI, le marché de la vente de la musique enregistrée représentait annuellement 36,9 milliards USD en 2000. Ce marché à précisément perdu 56,9% de sa valeur en 10 ans.Worldwide Recorded Music sales drop, Free falling from 2000 to 2010

La force d’un virus musical…

Voici une animation qui démontre la propagation virale de la musique de Misteur Valaire depuis septembre 2007, moment où le groupe a opté pour la gratuité de la musique comme propulseur qui leur a permis de joindre plus de 60 000 téléchargeurs situés dans plus de 58 pays différents.


Réalisation et montage : Véronique Tessier

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